Des avions ont emporté des centaines de jeunes hommes et femmes de Lubumbashi, la capitale du Shaba dans le sud-est, que la rébellion et les habitants appellent de son ancien nom, Katanga.
Ces avions, qui ont commencé à emporter les jeunes Katangais depuis dimanche dernier, partent pour l’est du territoire «libéré», vers Kalémie, Goma et Kisangani, selon une source proche de la rébellion.
Des compagnies nationales et locales, implantées à Lubumbashi avant la prise de la ville le 9 avril, transportent les jeunes recrues vers l’est et ramènent soldats, matériel et familles sur Lubumbashi.
La capitale du Shaba, la deuxième ville du pays, est devenue la «plaque tournante» de l’offensive finale des rebelles contre Kinshasa.
«Nous faisons les derniers préparatifs pour aller à Kinshasa depuis Lubumbashi», avait déclaré Kabila au cours de sa première réunion publique dans Lubumbashi.
Plusieurs camions, bourrés de soldats, à l’air épuisé et couverts de latérite, ont traversé le centre-ville dans la matinée. Les soldats saluaient les nombreux habitants, levant parfois un poing victorieux, mais les Katangais répondaient peu, tout occupés à tenter de se ravitailler dans les magasins fermés depuis trois jours.
Les «politiques» de l’Alliance, ministres et entourage proche du chef rebelle, font des allées et venues entre Lubumbashi et Goma, qui était le quartier-général de Kabila depuis le début de la guerre.
Papa Kabila
Même si elle ne va pas quitter Goma, surtout militairement, la rébellion a l’intention de s’installer à Lubumbashi, selon la même source. Les raisons sont nombreuses: il s’agit de la deuxième ville du pays, du «poumon» économique du Zaïre et du pays natal de «papa Kabila». Très excentrée géographiquement dans le sud-est, elle est proche de tous les pays d’Afrique australe et de l’Afrique du Sud, le moteur économique de la région.
Scénario
Sur le plan militaire enfin, Lubumbashi est adossée à la Zambie qui a objectivement participé à sa prise de contrôle par l’Alliance en laissant passer des milliers de rebelles par son territoire et qui, selon plusieurs témoignages, ont été acheminés par des camions zambiens.
Des informations arrivant à Lubumbashi depuis quelques jours semblent indiquer que la rébellion est très proche de Matadi, ville portuaire sur le fleuve Zaïre, à plus de 200 km au sud-ouest de Kinshasa, et située sur la frontière angolaise. Des mouvements de panique dans la population qui commence à quitter la ville sont signalés ainsi que des tirs entre soldats de l’armée zaïroise.
Le même scénario a prévalu dans d’autres villes prises par la rébellion, notamment à Lubumbashi où une partie de l’armée a refusé de résister et est aussitôt passée du côté des rebelles.
Des rumeurs font également état d’une pénétration depuis l’enclave de Cabinda, appartenant à l’Angola, à l’ouest de Kinshasa. Les rebelles seraient aussi très proches de Kikwit, à 400 km à l’est de la capitale zaïroise.
Ces informations ne sont pas confirmées officiellement par l’Alliance pour des raisons de stratégie militaire et aucun journaliste n’est accepté pour suivre l’avancée rebelle.
Le ministre des Finances, Mawapanga Mwana Nanga, a cependant déclaré que Kinshasa allait être pris «dans quelques semaines».
Concernant la rencontre annoncée entre Kabila et le maréchal Mobutu, il a réitéré la position de l’Alliance: «Nous sommes prêts à discuter à tout moment, même quand nous serons aux portes de Kinshasa, des conditions du départ de Mobutu, afin d’éviter un bain de sang».
Rencontre Kabila-Mobutu ou pas, les rebelles n’envisagent aucune autre alternative que la prise du pouvoir sans partage dans Kinshasa et l’ensemble du Zaïre.


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