La référence aux chiens errants est plus qu’une image. Ils sont quelque 30.000 à rôder dans les rues de la capitale et mordent souvent les pauvres gens qui, comme eux, font les poubelles pour récupérer un peu de nourriture. La France vient de faire don de 2.500 vaccins antirabiques aux hôpitaux de Sofia, qui soignent de plus en plus de gens victimes de morsures de chiens.
Jamais les Bulgares n’ont connu des conditions de vie aussi difficiles. Les prix des produits courants ont augmenté de 2000% depuis mars 1996, selon l’Institut bulgare de la Statistique. Le ministre des Affaires Sociales, Ivan Neikov, a admis que 73% des ménages bulgares vivaient dans la pauvreté et que 16% ne disposaient même pas du minimum vital.
«Avec ma retraite, je peux à peine me nourrir. Trois gros pains par semaine et jamais de viande», se lamente Slavcho Georgiev, 75 ans. Comme la plupart des 2,5 millions de retraités (près d’un quart de la population bulgare), Slavcho Georgiev doit se contenter d’environ 26.000 leva par mois (environ 17 dollars) pour vivre.
Une somme dérisoire dans un pays où les factures d’électricité ont augmenté de 400% depuis le début de l’année, celles du chauffage de 150% et le prix de l’essence de 480%. En 1996, la monnaie nationale, le lev, a été dévaluée de 600% par rapport au dollar.
De nombreux Bulgares ont par ailleurs perdu leurs économies en raison de la fermeture de 14 grandes banques en cessation de paiement. L’inflation a dépassé 300% en 1996.
Manque de médicaments
Le secteur de la santé publique est dans un état de délabrement dramatique. «Nous n’avons plus assez de médicaments pour sauver la vie des malades. Nous manquons d’antibiotiques et de coagulants», explique Gueorgi Zlatarski, directeur de l’hôpital des urgences Pirogov à Sofia.
«Une femme qui doit accoucher, doit apporter à l’hôpital gants de chirurgie, fils à recoudre, couches et médicaments», confie une infirmière, soit une dépense de 100.000 leva (67 dollars) alors que le salaire moyen est de 58.000 leva (39 dollars). «Les risques d’infection sont énormes. C’est un cauchemar» ajoute cette infirmière.
L’Union des médecins bulgares a constaté que le taux de mortalité est en forte augmentation, de nombreux vieillards ne pouvant plus s’acheter des médicaments tandis que le taux de natalité est le plus bas d’Europe, selon l’Institut de démographie.
Quelque 250.000 orphelins, la plupart abandonnés par des mères trop jeunes, vivent dans des conditions atroces. 60% des orphelinats sont à peine chauffés et les enfants souffrent de malnutrition, a constaté l’Union des fondations bulgares (SBFS), un organisme privé. Dans un foyer d’enfants handicapés à Djourkovo(sud), quatre enfants sont morts de faim fin février.
C’est dans ce contexte de misère généralisée — «une tentative de suicide toutes les 40 minutes en Bulgarie», titrait récemment le journal «Troud» — que les Bulgares se rendent samedi aux urnes pour élire un nouveau Parlement.
Tous les sondages s’attendent à une victoire de la première formation politique du pays, les Forces démocratiques unies (FDU), qui devrait obtenir la majorité absolue.

