Soutenu par les Occidentaux pendant plus de 25 ans, le président Mobutu est contraint d’accepter le multipartisme en 1990. Qualifié aujourd’hui de «créature de l’Histoire» par Washington, il est «invité» à céder sa place.
Quand le 24 novembre 1965, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, alors âgé de 35 ans, prend le pouvoir en renversant le gouvernement de Joseph Kasavubu, il incarne aux yeux du peuple zaïrois l’espoir du retour à la stabilité dans un pays dévasté par cinq ans de guerre civile.
A son arrivée au pouvoir, l’ancien sergent de la «force publique» du Congo belge, devenu journaliste, secrétaire particulier de Patrice Lumumba puis chef d’état-major des armées, reprend peu à peu le pays en main, et, au nom de l’unité retrouvée, balaie toute opposition.
Celui qui prétend incarner la nation élimine la vieille garde politique, interdit les partis, suspend le droit de grève et s’applique à instaurer l’unité du pays. «Un village ne peut avoir deux chefs; pour nous Africains, deux ou trois têtes sur un même corps constituerait un monstre», explique-t-il.
Sous l’accusation d’avoir comploté contre lui, l’ancien premier ministre Evariste Kimba et trois anciens ministres sont pendus en public en 1966. La politique de l’exemple se poursuit en 1968 avec l’exécution de l’ex-chef rebelle Pierre Mulele, rentré du Congo à la suite d’officielles promesses d’amnistie.
Dogme officiel:
«l’authenticité»
Afin d’asseoir encore un peu plus son pouvoir, il crée, en 1967 un parti unique le Mouvement populaire de la révolution (MPR) et proclame l’«authenticité» dogme officiel du Zaïre.
Les complots, mutineries et deux tentatives de sécession du Shaba (ex-Katanga, 1977-1978) sont réprimées. Lors des pillages de Kinshasa en 1991 et 1993, «le père de la nation» interviendra pour sonner «la fin de la récréation» et rétablir l’ordre dans un pays au bord du chaos.
Le Congo fait place au Zaïre, Leopoldville devient Kinshasa, les prénoms chrétiens sont bannis et Joseph-Désiré Mobutu s’appelle désormais Mobutu Sese Seko Kuku Nbengdu Wa Za Banga («qui vole de victoire en victoire»).
Les termes de «Monsieur» et «Madame» relégués aux oubliettes sont remplacés par «citoyen» et «citoyenne». Le costume occidental proscrit, «l’abacost» (abréviation d’«à bas le costume»), tunique au vague col Mao voit le jour. Les Zaïroises, sont, quant à elles invitées à se draper dans un pagne.
Le «Citoyen-Président fondateur» n’apparaît en public que coiffé d’une toque de léopard et appuyé sur une lourde canne de bois sculptée à deux têtes d’oiseau, symbole traditionnel d’autorité.
Depuis la chute des cours du cuivre, dont le Zaïre est l’un des plus gros producteurs, les chocs pétroliers, la «zaïrisation» ratée des commerces et des entreprises appartenant aux étrangers, l’inflation est galopante, la mauvaise gestion du pays apparaît au grand jour, la corruption s’étend à toute la société.
Désigné comme l’un des hommes les plus riches du monde, sa fortune est estimée à près de quatre milliards de dollars, soit à près de la moitié du montant de la dette du Zaïre.
Accusé par ses détracteurs d’être le responsable de la faillite économique du pays, le maréchal-président est de plus en plus contesté. Ses pouvoirs régaliens sont réduits. Le Haut-conseil de la République/Parlement de transition (HCR/PT), chargé de conduire le pays vers la démocratie, l’oblige à une cohabitation avec un premier ministre issu de l’opposition.
Le chef de l’Etat se pose alors en «arbitre», au-dessus des partis, mais la situation politique et militaire semble actuellement lui échapper chaque jour un peu plus.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine