Alors que la pression internationale monte pour amener le maréchal Mobutu à lâcher un pouvoir qu’il a détenu plus de trente ans, Paris s’est encore gardé, jeudi, de joindre sa voix à ce concert, mais a appelé à «une transition ordonnée et consensuelle vers la réconciliation nationale et les élections».
Face à la progression des rebelles de Laurent-Désiré Kabila, qui contrôlent plus du tiers du Zaïre, dont la riche province minière du Shaba, et qui ont lancé un ultimatum à Mobutu, l’appel de la France risque toutefois d’être vite dépassé par la réalité sur le terrain.
«La France a commis une erreur politique majeure en s’accrochant au mythe du personnage Mobutu, alors que son régime avait perdu toute consistance», a affirmé Guy Labertit, spécialiste de l’Afrique à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS).
Selon ce chercheur, «cela fait plusieurs mois que le régime de Mobutu s’est effondré et est tombé en complète déshérence».
Jusqu’à présent, les autorités françaises ont fait du président Mobutu l’acteur majeur de tout règlement du conflit et comme le seul en mesure de maintenir l’intégrité territoriale du Zaïre. Il est «la seule personnalité capable de contribuer à la solution» de la crise zaïroise, a affirmé récemment le ministre des Affaires étrangères, Hervé de Charette.
Le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, Yves Doutriaux, a une nouvelle fois refusé de se prononcer sur le sort du maréchal Mobutu et a affirmé que «la parole appartient au peuple zaïrois qui doit être appelé à se prononcer démocratiquement, par voie électorale». «Ce n’est pas à nous, à l’extérieur, de nous prononcer à cet égard», a-t-il ajouté.
Prenant moins de précautions de langage, d’anciens responsables gouvernementaux, membres de l’actuelle majorité au pouvoir, ont sévèrement critiqué les errements de la politique française.
Un «dinosaure»
L’ancien ministre RPR de la Coopération, Michel Roussin, a ainsi affirmé que le président zaïrois est «certainement un dinosaure (…) qui doit partir». «Je pense qu’il est effectivement sur le départ», a ajouté M. Roussin.
Il a regretté que la France «ne s’entende pas» avec M. Kabila et qu’elle «n’ait pas de contacts avec lui».
Quelques jours plus tôt, l’ancien ministre de la Défense, François Léotard, président de l’UDF, une des principales formations de la majorité, avait dénoncé un «triple échec tactique, moral et géopolitique» de la France au Zaïre.
«Les événements du Zaïre mettent brutalement en lumière les ambiguïtés et les insuffisances de notre politique africaine», avait-il souligné.
Pour le chercheur de l’IRIS, Guy Labertit, la crise zaïroise illustre en effet la «faillite» d’une politique toujours obnubilée par le «syndrome de Fachoda» qui symbolise la reddition française face aux Anglo-Saxons.
En revanche, Paris, en s’appuyant pendant des années sur des dirigeants comme Mobutu ou le général Gnassingbe Eyadema du Togo, «n’a pas pris suffisamment au sérieux les revendications démocratiques sur le continent africain», affirme le chercheur.
«Il est très tard, mais la seule manière pour la France de se remettre en selle auprès des forces politiques zaïroises serait de «recommander» à Mobutu de quitter le pouvoir», a ajouté le spécialiste de l’IRIS.

