«Je veux simplement retrouver la sensation étrange que je ressens à chaque fois, explique Hung, 19 ans. Je ne suis pas un grand fumeur mais ce serait bizarre que je sorte avec mes copains sans héroïne».
Après avoir fait des ravages dans les célèbres fumeries de la période coloniale, puis pendant la guerre chez les GI’s et après 1975 parmi les hordes de soldats démobilisés, la drogue hante désormais une partie de la jeunesse de Saïgon devenue Ho Chi Minh-Ville.
La consommation d’héroïne ou d’autres stupéfiants connaît une explosion chez les jeunes, des milieux favorisés surtout, et a pénétré dans les écoles et lycées. Les établissements scolaires doivent désormais laisser leurs grilles fermées pendant les récréations pour empêcher les adolescents d’aller se fournir sur le trottoir d’en face.
En plein jour, dans les jardins publics ou le long de la rivière de Saïgon, des jeunes se font des injections intraveineuses d’héroïne. Les moins riches mélangent de l’opium à des tranquillisants ou au tabac qu’ils fument et parfois à de l’eau bouillie qu’ils s’injectent.
«Je consomme chaque jour entre 20 et 30 petites boulettes d’héroïne, dont le prix varie entre 30.000 et 40.000 dongs» (trois à quatre dollars), confie Hiêp, élève de l’école d’enseignement secondaire de Truong Dinh. «Je demande de l’argent à mes parents et à mes grands-parents. S’ils refusent, je leur en vole», reconnaît-il.
Des fillettes
La semaine dernière, 96 adolescents — garçons et filles — de 15 à 23 ans ont été surpris en flagrant délit alors qu’ils fumaient de l’héroïne dans un salon de karaoké du district de Phu Nhuân. Une grosse somme d’argent et 100 grammes d’héroïne ont été saisis.
Selon la police, 70% des 1.500 drogués arrêtés récemment dans la ville sont des enfants de familles fortunées et de hauts responsables. Souvent, ils sont impliqués dans des affaires de vol à main armée et parfois de meurtre.
«Les jeunes représentent les deux-tiers des drogués», affirme Nguyên Minh Chanh, directeur-adjoint du service des affaires sociales de la municipalité. «Un gros fumeur peut dépenser 300 dollars par jour pour l’héroïne», alors que le salaire d’un fonctionnaire tourne autour de 100 dollars.
«Il est difficile de connaître le nombre exact des drogués mais la ville en compterait au moins 30.000», estime M. Chanh, ajoutant que «10% des drogués sont des femmes, y compris des filles de 12 à 13 ans».
Des campagnes contre la drogue ont été déclenchées dans toutes les écoles saïgonnaises, où les jeunes doivent s’engager par écrit à ne pas consommer de drogue.
«Ce fléau empoisonne la jeune génération», s’inquiète M. Chanh. Mais «les résultats de la lutte contre la drogue ne sont pas encourageants en raison de la passivité des autorités», explique-t-il.

