Depuis le 13 mars, quelque 13.000 Albanais sont venus rejoindre 64.000 de leurs compatriotes en Italie, selon des chiffres officiels. Les Albanais constituent la deuxième communauté étrangère dans ce pays derrière les Marocains (119.000 personnes) mais devant les Philippins (57.000 personnes) et les Tunisiens (45.000).
Depuis la régularisation de 257.000 immigrés en 1996 par le gouvernement italien, les Albanais représentent désormais 14% des étrangers en situation régulière dont 4.000 sont installés dans la province romaine. Selon l’association catholique Caritas, il y aurait en outre 30.000 Albanais clandestins.
L’afflux récent de nouveaux réfugiés, hébergés dans une quarantaine de centres d’accueil, ne s’est pas fait sans protestations. Des maires, notamment dans les riches régions du Nord et du centre, ont refusé d’accueillir des réfugiés dans leur commune.
La Ligue du Nord (sécessionniste) a fustigé les réfugiés qui «pourraient apporter des maladies» dans les régions d’accueil.
«Il faut rejeter à la mer les délinquants», a réclamé de son côté l’ancienne présidente de la Chambre des députés, Irène Pivetti.
Vendredi dernier, une vedette albanaise a coulé après une collision avec une corvette de la marine italienne. Le naufrage a fait 4 morts, 83 disparus, essentiellement des femmes et des enfants, et 34 rescapés.
Ce drame «me donne raison», a estimé Mme Pivetti. «Ces femmes et ces enfants ont été pris en otages par des délinquants sans scrupules, les réfugiés doivent retourner chez eux», a-t-elle ajouté.
«Il y a un racisme latent en Italie, une xénophobie sous-jacente», estime Roberto Rambaldi, vice-directeur du secteur international de la Caritas italienne, fortement impliquée dans l’aide aux réfugiés albanais qui sont souvent qualifiés, selon lui, de «menteurs ou voleurs». Nombre d’entre eux effectuent pourtant des travaux qui rebutent les Italiens (travaux agricoles, aides aux personnes âgées, soins aux malades), assure-t-il.
«L’Albanie est un pays violent, qui a été une plaque tournante pour le trafic de pétrole et d’armes (vers l’ex-Yougoslavie), le siège de l’argent facile dans les Balkans».
A cela, il faut ajouter, précise le responsable de Caritas, «un problème de criminalité organisée entre les clans mafieux du sud italien, l’Albanie et la Grèce, basée notamment sur la prostitution de femmes et l’exploitation de mineurs».
«Mais que font donc la gauche et les intellectuels?», s’interrogeait de son côté le journal La Repubblica, fustigeant «la torpeur et le silence de la société civile», après le naufrage du navire albanais, le blocus naval décidé par Rome et l’expulsion, depuis le début du récent exode, d’un millier d’Albanais jugés «indésirables».
Des organisations de gauche et antiracistes ont prévu d’organiser dimanche à Brindisi, une manifestation de solidarité avec les réfugiés albanais.
«Comment un pays de 57 millions d’habitants, 5e puissance économique du monde, peut-il craindre quelques dizaines de milliers de réfugiés», a demandé le porte-parole des Verts, Luigi Manconi. «Les valeurs de solidarité et de tolérance qui constituent le patrimoine de la gauche», ont été, à tort, abandonnées à l’Eglise, a de son côté déploré Stefano Rodota, un ancien responsable du PDS (parti démocratique de la gauche), la principale formation de la majorité.


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