L’opposition radicale zaïroise et les proches de M. Tshisekedi qui n’ont jamais caché leur volonté de pactiser avec M. Kabila pour en finir «avec la dictature» du maréchal Mobutu se sont trouvés sévèrement renvoyés dans leur camp par l’Alliance rebelle.
Celle-ci n’a cessé de répéter que tout premier ministre de Mobutu serait considéré comme un «ennemi» et a encore accusé M. Tshisekedi d’avoir «choisi son camp» et de «devenir le capitaine du navire Mobutu», avec lequel il allait sombrer.
La première préoccupation du nouveau premier ministre va être de gérer une situation dans laquelle il risque de perdre toute sa crédibilité «d’opposant historique» au maréchal Mobutu.
Déjà, ses proches s’inquiètent en privé qu’il ait accepté le «cadeau empoisonné de Mobutu», auquel il risque désormais de servir «de caution et de paravent».
Cette opinion est partagée par le journal «La Référence-plus», d’opposition radicale, mais dont les analyses politiques restent nuancées, qui relève que tout en partageant les mêmes options que la rébellion face au «régime de Mobutu», M. Tshisekedi risque de se trouver «paradoxalement face à Kabila dans le cadre de négociations et aux côtés du régime de Kinshasa».
Sur le plan militaire – domaine de concertation entre le chef de l’Etat et le gouvernement selon la constitution de transition –, le nouveau premier ministre devra là aussi s’en remettre aux généraux qui prennent plus volontiers leurs ordres auprès de leur «patron», le maréchal Mobutu, que du gouvernement.
Il bénéficiera cependant, selon différents spécialistes, de l’abandon de l’option d’une contre-offensive des troupes zaïroises dans l’est du pays qui paraît devenue totalement illusoire.
Des priorités
En revanche, le «régime de Kinshasa» continue de vivre dans la crainte de la poursuite de la progression des rebelles vers les dernières capitales-clés du pays: Lubumbashi avec son cuivre et son cobalt au Shaba et Mbuji-Mayi, au Kasaï oriental, province dont est originaire M. Tshisekedi et principal centre d’extraction des diamants du Zaïre.
Le seul moyen d’arrêter cette progression réside dans un éventuel accord de cessez-le-feu, réclamé par la communauté internationale, durant les négociations entre Kinshasa et la rébellion qui devraient s’ouvrir samedi en Afrique du Sud, vraisemblablement à Pretoria.
M. Tshisekedi devra alors s’en remettre à un de ses vieux ennemis, le conseiller spécial du chef de l’Etat Honoré Ngbanda Nzambo, qui dirige le «Comité de négociations» constitué par le maréchal Mobutu.
Face à ces priorités essentielles, le nouveau premier ministre risque de passer à côté de la mission première qu’il s’est assignée depuis plus de dix ans: «La chute de la dictature et le bonheur du peuple».
La population ne semble pas s’y être trompée et a accueilli avec indifférence la nomination de M. Tshisekedi et la formation, dans la journée de jeudi, de son gouvernement.

