En Guinée, 17 pieds de cannabis rapportent 2.500 francs (environ 450 dollars) soit le revenu annuel moyen d’une famille, a expliqué Pascale Perez, une géographe française qui a coordonné l’enquête, présentée mardi à l’ouverture de cette réunion organisée par l’Observatoire géopolitique des drogues (OGD), avec l’aide de l’Union européenne, de l’UNESCO et du ministère français de la Coopération.
A titre de comparaison, en Amérique du Sud, le rapport d’un kilo de feuilles de coca n’est que de trois fois supérieur à celui du cacao, deux fois celui du café et dix fois celui du maïs.
Cette substance psychotrope illicite, appelée «tabac du diable» en langue twi, bénéficie en outre de conditions de production favorables. Le cannabis se développe selon un cycle court de 3 à 4 mois et sur une terre qui n’a pas besoin d’être fertilisée ni travaillée mécaniquement, ont expliqué les conférenciers.
Ses propriétés de conservation — un an environ quand il est bien séché — en font en outre une richesse appréciable quand intervient un événement onéreux comme un mariage ou un décès.
Un choix de «cuvée»
Faute d’étude globale, aucun chiffre de production n’a pu être présenté et l’un des participants, originaire du Ghana, s’est élevé contre l’évaluation de 15% de consommateurs dans la population citée à propos de son pays.
Le directeur de l’OGD, Alain Labrousse, a d’ailleurs appelé à la réalisation d’autres études regrettant que les pays occidentaux, faute d’être directement concernés, financent difficilement de tels travaux.
Cette production, ont expliqué les conférenciers, est essentiellement destinée à la consommation locale, contrairement à celle produite au nord du Sahara dont une grande partie est exportée vers l’Europe. Le trafic transfrontière est, par contre, fructueux et les consommateurs choisissent leur «cuvée» pour ses caractéristiques propres selon qu’elle vient de Casamance, du Ghana ou du Zaïre.
Les réseaux de distribution, bien qu’illégaux puisque dans la plupart des pays la loi interdit culture et vente de cannabis, sont souvent semblables aux circuits traditionnels. Au Ghana, le kilo acheté au paysan est revendu dans les rues d’Accra plus de 15 fois son prix, 20 fois à Brazzaville, 60 fois à Abidjan et 100 fois à Ouagadougou, ce qui génère des bénéfices conséquents et permet de maintenir des prix attirants pour les paysans, selon l’OGD.

