Entre les petits murets de pierres et les vergers d’oliviers et d’amandiers, les Palestiniens ont planté neuf tentes où ils vivent, nuit et jour, depuis maintenant près de trois semaines, pour exiger l’arrêt des travaux.
Sur la colline d’en face, Abou Ghneim, que les Israéliens appellent Har Homa, des bulldozers arrachent des pins et tracent des routes pour créer 6.500 logements réservés aux juifs.
A flanc de coteau, des militaires israéliens sont déployés sur la ligne invisible qui marque la frontière entre la Cisjordanie et la partie arabe de Jérusalem.
«Nous sommes ici en mission de paix mais nous hésitons à baptiser notre campement “le camp de la paix”, car la paix s’évanouit peu à peu», affirme Youssef Kassas, un politologue qui est membre du «comité de défense d’Abou Ghneim».
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en décidant contre vents et marées de lancer les travaux de la colonie, «est en train d’enterrer le processus de paix sous ses bulldozers», dit-il.
Réunies autour du député de Bethléem Salah Tamari, âme de la résistance, une douzaine de personnes composent le comité. Leur campement de toile est parfaitement organisé. Une tente de réunion, une pour la cuisine avec un réchaud à gaz, plusieurs chambres sont reliées par de petits sentiers de graviers. Au milieu, les restes d’un feu de bois se consument. Des provisions en quantité suffisante pour soutenir un siège sont entassées dans un coin.
Les militants ont apporté des citernes d’eau et fait tirer un câble d’électricité depuis le village voisin de Beit Sahour. Ils ont une cuisinière à plein temps, Fatima Jabari, vêtue du costume brodé traditionnel palestinien. Son frère est mort dans une prison israélienne.
Entrer dans le
XXIe siècle
Trois croix de bois plantées sur la colline sont censées symboliser «la crucifixion de Jérusalem» par M. Netanyahu. Des drapeaux palestiniens flottent au vent de printemps.
«Nous ne faisons que défendre notre droit à l’existence. Vous savez, quand on appartient à une terre, on l’aime», affirme M. Kassas en faisant glisser quelques cailloux entre ses doigts.
«Ils arrachent les arbres, ils détruisent la vie sauvage, et les égouts de la future colonie iront droit vers nos villages, en contrebas. Il y a encore quelques jours, on pouvait voir ici des daims et des renards», raconte-t-il.
A un kilomètre à peine à vol d’oiseau, les cloches des églises de Bethléem égrènent les heures et les muezzins des mosquées appellent à la prière.
Le comité de défense fait venir les enfants des écoles de Cisjordanie pour des classes en plein air sur la défense de l’environnement et la lutte contre la colonisation.
«Nous resterons ici aussi longtemps qu’il le faudra», leur explique le député Tamari, le visage buriné par le soleil et la tête couverte d’un petit bonnet de laine.
«Malheureusement, les Israéliens tuent le processus de paix et ils veulent que ce soit nous, les Palestiniens, qui émettions le certificat de décès», dit-il.
Ancien fedaï (combattant) palestinien, époux de l’ex-reine Dina de Jordanie, M. Tamari critique le président Yasser Arafat, à qui il reproche de tergiverser. «J’appelle la direction palestinienne à rester inflexible: pas de négociations sans que s’arrête la colonisation», proclame-t-il.
«Les Palestiniens doivent cesser d’hésiter et se prononcer fermement: voulons-nous entrer dans le XXIe siècle avec ce processus de paix ambigu, ou bien continuer à lutter contre l’occupation?».

