Etienne Tshisekedi jouit d’un soutien important au Zaïre et s’est déclaré favorable à des pourparlers avec les rebelles de Laurent-Désiré Kabila qui se sont emparés depuis octobre d’un quart du territoire, dans l’est du pays.
Le chef de la mouvance présidentielle au Parlement intérimaire, Idambituo Bakata, a précisé que le président Mobutu endosserait la désignation de l’homme qu’il a limogé à deux reprises de son poste de premier ministre, en 1991 et en 1993.
«Je voudrais exprimer ma très grande joie, la joie je pense de toute la nation, pour le simple fait qu’aujourd’hui vous nous avez donné la conclusion que de nombreux citoyens attendait», a déclaré Idambituo Bakata.
Aux termes de la Constitution zaïroise, le mouvement présidentiel qui détient la majorité parlementaire doit approuver la nomination du premier ministre avant que le chef de l’Etat ne lui donne officiellement force de loi.
Etienne Tshisekedi a été désigné en remplacement de Kengo Wa Dondo, «démissionné» par le Parlement la semaine dernière.
Après une semaine de tractation, l’USORAL, la coalition qui regroupe les principaux partis de l’opposition, s’est prononcée à une large majorité en faveur de Tshisekedi, par 54 voix contre huit et 10 abstentions.
Laurent-Désiré Kabila, qui dirige l’Alliance des forces démocratiques de libération du Congo/Zaïre (ADFL), a clairement fait savoir qu’il n’accepterait pas de personnalités politiques qui ont collaboré avec Mobutu au sein d’un gouvernement transitoire qu’il espère former après les négociations qui doivent débuter en Afrique du Sud ce week-end.
Une délégation de sept membres conduite par Honoré Ngbanda, conseiller de Mobutu pour la sécurité, représentera la classe politique divisée de Kinshasa aux négociations avec les rebelles.
La délégation, qui comprendra le ministre des Affaires étrangères Kamanda Wa Kamanda, des représentants de l’opposition et des partisans de Mobutu au Parlement de transition, partira jeudi pour Pretoria.
Les entretiens seront présidés par Mohamed Sahnoun, émissaire de l’ONU et de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), dont le plan de paix en cinq points a recueilli une large adhésion.
La délégation de Kinshasa réunit des points de vue très divergents. Dans la capitale, certains craignent que ses membres passent autant de temps à se disputer entre eux qu’avec les rebelles.
Selon les insurgés, les pourparlers seront suivis d’une rencontre entre Kabila et Mobutu.
Dans le nord-est du Zaïre, des milliers de réfugiés hutus du Rwanda et du Burundi, exténués et malades, errent au sud de Kisangani, après avoir été chassés de leur camp par les rebelles, qui ont invoqué des raisons de sécurité.
Etienne Tshisekedi, 64 ans, dirige l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Il a été plusieurs fois ministre de Mobutu mais a été le fer de lance du mouvement pour la démocratie.
Dès les années 1980, Tshisekedi prend publiquement position contre la corruption aux plus hauts niveaux de l’Etat et pour des réformes démocratiques. Ce qui lui vaut d’être arrêté en 1982 et condamné à 15 ans de prison pour trahison. Il est relâché l’année suivante après une campagne conduite par Amnesty International.
Au plus fort de la campagne pro-démocratique des années 1990, Tshisekedi traite Mobutu de «monstre humain» et lui demande de quitter le pays.
En 1991, sous la pression de l’étranger, Mobutu le nomme premier commissaire d’Etat, l’équivalent d’un premier ministre. Mais il le limoge douze jours plus tard car il refuse de lui faire serment d’allégeance.
Une conférence nationale souveraine élit Tshisekedi premier ministre en 1992. Mobutu le renvoie à nouveau en 1993 mais, cette fois, Tshisekedi refuse de partir et maintient un gouvernement parallèle, qui se réunit tous les jeudis dans sa modeste résidence du quartier de Limete, à Kinshasa.
Tshisekedi a rencontré Mobutu en décembre en France, où le président zaïrois était en convalescence et a pris position en faveur de négociations avec Laurent-Désiré Kabila et ses rebelles.

