Les quatre coaccusés seront jugés conjointement, ce qui constitue une première pour le TPI qui détient, pour la première fois, tous les inculpés d’un même dossier. Ceux-ci plaideront «non coupables».
Les Musulmans Zejnil Delalic (48 ans), Hazim Delic (32 ans) et Esad Landzo (24 ans), ainsi que le Croate Sdravko Mucic (41 ans) seront jugés à des niveaux de responsabilité différents.
Selon l’acte d’accusation, Delalic, détenteur de l’autorité supérieure, Mucic, le chef du camp, et Delic, le chef adjoint, occupaient d’avril à décembre 1992 à Celebici (près de Konjic, dans le centre de la Bosnie) «des positions de supérieurs hiérarchiques par rapport à tous les gardiens du camp et à toutes les autres personnes autorisées à maltraiter les détenus serbes bosniaques» et n’avaient rien fait pour empêcher les atrocités.
Ils sont ainsi responsables d’une quinzaine d’actes de torture et du meurtre d’au moins 14 détenus, commis entre la fin du printemps et l’automne 1992, selon l’accusation.
De surcroît, Mucic est tenu comme individuellement responsable du pillage des biens appartenant aux détenus et Delic est accusé d’avoir participé directement à quatre meurtres et à des actes de torture. Landzo, le plus jeune des coïnculpés, était un simple garde: il lui est reproché sa participation directe à cinq meurtres et à la torture de plusieurs prisonniers.
Outre les passages à tabac, les séances répétées de torture et les viols, l’acte le plus sauvage du dossier Celibici est imputé à Delic et Landzo: ensemble, ils auraient cloué un écusson sur le front d’un prisonnier d’une soixantaine d’années, Scepo Gotovac, entraînant la mort de ce dernier.
L’avocat de Delalic, Me Edina Rezidovic (barreau de Sarajevo), et celui de Delic, Me Salih Karabdic (Sarajevo), assurent chacun que leur client n’exerçait pas d’autorité hiérarchique. De son côté, le défenseur de Mucic, Me Branislav Tapuskovic (barreau de Belgrade), a expliqué que celui-ci n’avait été nommé chef du camp de Celebici qu’après les crime visés par l’accusation. Enfin, Me Mustapha Brakovic (Sarajevo), qui défend Landzo, se retranche derrière la santé mentale de son client.
Le bureau du procureur enquête depuis la fin de 1994 sur les allégations liées à l’administration du camp de Celibici et ce travail a été rendu lent et difficile notamment par Belgrade et Pale qui ont tout fait pour empêcher les enquêteurs du TPI d’interroger certains témoins, selon le procureur.
L’accusation compte faire déposer de 40 à 60 témoins, presque tous ex-prisonniers de Celebici, et 3 experts, dont un général néerlandais à la retraite. Elle présentera également une dizaine d’enregistrements vidéo pris par certains gardes du camp en 1992, a indiqué un des avocats.
Le procès des quatre de Celebici suit celui du Serbe de Bosnie Dusan «Dusko» Tadic (bouclé le 28 novembre dernier) et la condamnation à 10 ans de prison d’un Croate de Bosnie, Drazen Erdemovic, qui était à l’origine venu à La Haye pour témoigner dans le dossier Srebrenica. Erdemovic avait plaidé coupable des crimes qui lui étaient reprochés ce qui l’avait dispensé de procès, au sens où on l’entend en droit romain.
Un autre inculpé détenu par le TPI, le général croate de Bosnie Tihomir Blaskic (36 ans), attend encore le début de son procès, d’abord fixé au 8 janvier et reporté sine die.

