Elle devait rappeler que jadis les femmes devaient «se cacher derrière un pseudonyme masculin (Georges de Scudéry, George Sand, Daniel Sterne...) et se résigner à penser en homme affichant par là un certain» hermaphrodisme mental «qui ne gommait pas pour autant leur nature de femme. Ce goût du travesti, dit-elle, était dû à l’interdit de la société sexiste (qui traitait la femme-auteur de «bas-bleu»...), comme il était dû à un sentiment de culpabilité à l’égard du temps volé à l’homme et à l’enfant».
«Aujourd’hui encore, la problématique de la sexuation de l’écriture, longtemps sous-estimée, ne cesse de susciter des controverses», poursuit Carmen Boustany. «De nos jours, deux courants s’opposent irréductiblement dans la communauté des écrivains et des écrivaines: reconnaître la différence sexuelle dans l’écriture ou affirmer la neutralité de l’écriture».
S’appuyant sur des romans francophones écrits par des femmes de différentes nationalités, la conférencière a souligné les spécificités thématiques et culturelles de ces ouvrages, tentant de dégager «une approximation du féminin plutôt qu’une définition. En réalité, ajoute-t-elle, tout créateur est androgyne; tout texte représente un mélange de féminin et de masculin. Par choix ou situation, un homme peut écrire un texte féminin et une femme un texte masculin. Mais le rapport au féminin est plus accentué chez la femme surtout lorsqu’elle est en harmonie avec sa féminité».
Carmen Boustany en conclut que «face à la combinaison masculin-féminin, l’étude du féminin dans la langue n’est pas réservée uniquement à l’espace de la femme. Nous pouvons explorer le féminin d’une manière plus étendue dans des textes d’hommes. Nous sentons poindre la nécessité de pratiquer un éclatement de l’espace de l’écriture qui invite à d’autres combinaisons, à d’autres logiques»...


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