«Les critères de convergence fixés par le traité de Maastricht se sont traduits par des coupes sombres dans les budgets sociaux. Mais l’Europe ne se fera que si elle est ancrée dans les préoccupations sociales», a dit Christophe Aguitton, l’un des organisateurs, lors d’une conférence de presse.
«L’identité de la France a été marquée par la Révolution française, le Front populaire, la Résistance. L’Europe n’a pas encore ce type d’histoire sociale. Il faut des luttes sociales au niveau européen pour former cette conscience», a-t-il ajouté.
La manifestation de Bruxelles dimanche contre la fermeture de l’usine Renault de Vilvorde en est une étape et la «Marche européenne contre le chômage, la précarité et l’exclusion» doit également y contribuer, ont expliqué les représentants des syndicats et associations qui soutiennent la marche.
Les organisateurs espèrent voir 30.000 chômeurs manifester le 14 juin à Amsterdam, où les chefs d’Etat et de gouvernement des Quinze concluront la CIG sur la forme que doit prendre la construction européenne, en décidant d’éventuelles adaptations du traité de Maastricht.
Une quinzaine de groupes de chômeurs partiront autour du 14 avril de Brest ou Grenoble en France, de Crotone en Italie, de Francfort-sur-Oder en Allemagne, de Helsinki en Finlande, mais aussi de Sarajevo en Bosnie et de Tanger au Maroc, pour montrer leur «soucis d’ouverture à l’est et au sud».
Contre une
«Europe forteresse»
«On ne veut pas d’une Europe forteresse. Le problème du chômage concerne aussi les gens du Sud», insiste Robert Crémieux, du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), qui coordonne les préparatifs depuis Paris.
«Nous déplorons que la construction européenne se fasse par le sommet, sans aucun écho de ce que les gens vivent à la base», explique-t-il.
Paris, atteint le 22 mai, ne sera qu’une ville-étape pour certains groupes. D’autres, comme celui parti de Sarajevo, ne parcourront pas à pied toute la distance jusqu’à Amsterdam mais, «comme pour les coureurs du Tour de France», avanceront par tronçons.
Les chômeurs de Grande-Bretagne partiront début juin, après les élections législatives prévues dans ce pays. Beaucoup espèrent obtenir une dérogation des autorités pour ne pas avoir à pointer auprès des bureaux de chômage dans leur ville et pouvoir ainsi participer à la marche.
Cette marche est soutenue par des organisations telles que le MNCP, ACI, l’Adec, Droit au Logement, le Comité des sans-logis, Droits devant et par des syndicats, comme la FSU, SUD, la Confédération paysanne, le Groupe des Dix et certaines fédérations de la CGT (correcteurs, etc) et de la CFDT (Equipement, tendance «Tous ensemble»).
Les organisateurs déplorent l’attitude de la plupart des grandes confédérations françaises, plus soucieuses, selon eux, de défendre les salariés que les chômeurs.
Rôle des
syndicats
«Le mouvement des chômeurs est plus fort en Irlande ou en Grande-Bretagne, où il est plus proche des syndicats. On s’y occupe mieux d’eux», dit Robert Crémieux, ancien journaliste, qui dénonce une aggravation de la précarité dans la presse.
Au niveau européen, la marche a reçu le soutien du Réseau européen des chômeurs (European Network of Unemployed).
La marche sera ponctuée d’événements et de manifestations, comme le 22 avril à Genève devant le Bureau international du Travail, le 24 mai à Lille pour une journée sur les luttes des jeunes, ou le 28 mai à Bruxelles, parallèlement à la journée d’action en Europe lancée par la Confédération européenne des Syndicats (CES).
Pour financer la marche et indemniser les chômeurs qui perdront leurs allocations pendant qu’ils arpenteront les routes d’Europe, une souscription sera lancée avec l’espoir de recueillir un million de FF.
S’ils manquent de moyens, les organisateurs ont mis au point un véritable plan media, avec un journal de la marche, des caméras vidéo utilisées par les marcheurs pour diffuser leurs «carnets de voyage» chaque soir dans près d’un millier de villes-étapes et, peut-être, un site internet pour ouvrir une «cyber-marche» au plus grand nombre.
«Au-delà des revendications sur des situations d’urgence, comme pour le mal-logement, nous réclamons une baisse du temps de travail sans perte de salaire dans toute l’Europe», précise Robert Crémieux.

