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Actualités - Chronologie

Billets verts et Green Card, l'Amérique fait rêver les jeunes soudanais

KHARTOUM, 17 Mars (AFP). — Etre payé en billets verts et participer à la loterie donnant droit à la «green card» de résident permanent aux Etats-Unis, fait rêver les jeunes Soudanais et prospérer les avocats qui leur promettent les clés du paradis.
«Les gagnants obtiennent non seulement la résidence, mais l’équivalent de deux mois de salaire pour s’installer dans le Nouveau monde, la garantie d’un travail rémunéré, un appartement, et la possibilité de faire venir ses proches», affirme, convaincu, Abbas Hamed, 27 ans, vendeur dans une épicerie de Khartoum.
Selon le porte-parole de l’ambassade américaine au Caire, M. Rick Roberts, 500 Soudanais ont gagné à cette loterie durant l’année fiscale écoulée (octobre 95 — octobre 96).
La chancellerie examine cette année le cas de 1.644 candidats mais «cela ne signifie pas que tous obtiendront un visa», souligne-t-il, notant que les Etats-Unis n’accordent aucune aide financière à l’installation des immigrants.
Les Etats-Unis délivrent chaque année un quota de permis de résidence selon les régions du monde. L’ambassade américaine à Khartoum étant fermée depuis un an, les dossiers des candidats à l’émigration sont traités par la section consulaire du Caire.
L’argent envoyé par un émigré soudanais à sa famille lui permet généralement de s’acheter maison, voiture et même antenne parabolique.
«Des avocats ont flairé la bonne affaire. Ils envoient régulièrement les coordonnées de leur cabinet en garantissant d’ouvrir les portes des Etats-Unis», déclare Carola Anis, secrétaire.
«Moyennant 40 dollars, soit l’équivalent de deux mois de salaire d’un jeune employé, ces avocats se chargent des démarches», ajoute-t-elle.
Me El-Taher Badreddine affirme ainsi à ses clients qu’il connaît le «sésame magique». «L’obtention d’un avis favorable sur un dossier de candidature dépend des conditions de vie de chaque requérant. Les plus misérables ont plus de chances. Je suis un imprésario qui sait mettre en valeur les handicaps de chaque personne», assure-t-il.
Il prétend que «les chrétiens ont une meilleure chance, car ils ne peuvent pas être accusés d’islamisme et bénéficient de la sympathie dont jouit une minorité vivant sous un régime intégriste».
«Les femmes également rêvent aussi d’échapper aux contraintes sociales et restrictions islamistes, mais elles sont rares à se présenter», souligne Me Badreddine.

Censure étouffante

Pour Manal Dardiri, une journaliste de 27 ans, les femmes soudanaises vivent «en état de siège à la maison et dans la rue». «Si je gagne, je partirai immédiatement, et si mes parents s’y opposent, je m’enfuirai. La censure sur mes articles et mes gestes m’étouffe», ajoute-t-elle.

«Là-bas, j’écrirai ce que je veux. C’est vrai que mon anglais est sommaire, mais lorsque vous gagnez à la loterie, ils vous donnent des cours gratuits et j’écrirai peut-être un jour pour le Washington Post», rêve-t-elle à voix haute.
Mais la réalité est parfois moins rose. «Mon frère, qui a émigré il y a deux ans, envoie à mes parents 100 dollars par mois, soit six fois le salaire qu’il touchait à Khartoum. Mais au prix de quels sacrifices», déplore Mokhtar el-Daw.

«Dans ses lettres, il affirme que pour les Américains, Soudanais égale terroriste. Etre noir là-bas est déjà un handicap, mais musulman et arabe en plus, c’est l’enfer», ajoute Mokhtar, qui n’est pas pris par la fièvre américaine.

Selon une anecdote circulant à Khartoum, un jeune Soudanais émigré annonce à sa famille qu’il rentre au pays, fatigué d’avoir les mains en sang à force de laver la vaisselle d’un restaurant. Loin de se réjouir de son retour, sa mère lui envoie en colis express une paire de gants en caoutchouc.
KHARTOUM, 17 Mars (AFP). — Etre payé en billets verts et participer à la loterie donnant droit à la «green card» de résident permanent aux Etats-Unis, fait rêver les jeunes Soudanais et prospérer les avocats qui leur promettent les clés du paradis.«Les gagnants obtiennent non seulement la résidence, mais l’équivalent de deux mois de salaire pour s’installer dans le Nouveau monde, la garantie d’un travail rémunéré, un appartement, et la possibilité de faire venir ses proches», affirme, convaincu, Abbas Hamed, 27 ans, vendeur dans une épicerie de Khartoum.Selon le porte-parole de l’ambassade américaine au Caire, M. Rick Roberts, 500 Soudanais ont gagné à cette loterie durant l’année fiscale écoulée (octobre 95 — octobre 96).La chancellerie examine cette année le cas de 1.644 candidats mais «cela ne...