Leur apparition sur Internet est un signe de la modernisation des entreprises offrant les services de mercenaires, venant de pratiquement tous les pays, a dit le rapporteur spécial de l’ONU Enrique Ballesteros.
Présents au Zaïre, après l’avoir été ces dernières années dans l’ex-URSS et l’ex-Yougoslavie, les mercenaires viennent aussi bien d’Europe occidentale, des Etats-Unis, d’Australie, que d’Amérique latine ou d’Afrique. Le chômage n’a fait qu’augmenter l’offre, a dit le rapporteur à la presse.
«Les activités des mercenaires aujourd’hui sont un négoce qui marche», dit-il.
Dans son compte-rendu à la Commission des droits de l’homme de l’ONU réunie pour sa session annuelle de six semaines à Genève jusqu’au 18 avril, le rapporteur s’inquiète des efforts de grandes sociétés de sécurité pour internationaliser et rationaliser leurs services comme n’importe quelle multinationale.
«Elles essaient de se mettre dans les projets de mondialisation et d’avoir une légalité au même titre que les ventes d’automobiles», a dit M. Ballesteros.
Certains Etats qui ont fait appel à des centaines, voire à un millier de mercenaires pour suppléer aux faiblesses de leur armée, sont menacés par ceux mêmes qui devaient les aider, dit-il.
«Le 19e siècle a connu le problème du colonialisme. L’évolution, demain, peut signifier un néocolonialisme transnational. La modernisation technique de ces entreprises fait qu’elles peuvent devenir plus fortes que certains Etats faibles aux prises avec de gros problèmes», a averti le rapporteur.
Il a mentionné des pays d’Afrique, sans préciser lesquels, la Papouasie Nouvelle-Guinée où le gouvernement affronte une rébellion armée dans l’île de Bougainville avec l’aide présumée de mercenaires.
Parmi les grandes entreprises de sécurité dont les agissements inquiètent, le rapporteur a cité Executive Outcomes, la plus importante en Afrique.
Fondée à Pretoria en 1989, elle emploie 700 personnes, en majorité des ex-soldats sud-africains, qui opèrent ou ont opéré en Angola, au Sierra Leone, mais aussi au Moyen-Orient, en Asie et Europe de l’Est. Leur salaire est cinq fois supérieur à celui d’un militaire d’Afrique du Sud, dix fois celui d’un soldat d’un autre pays d’Afrique.
Ses services et ceux d’autres sociétés similaires sont recherchés par les Etats ou les compagnies étrangères qui investissent dans des pays du tiers-monde pour en exploiter les ressources naturelles.
Au moins 34 pays sont sur la liste des clients potentiels d’Executive Outcomes ou de sa maison mère en Grande-Bretagne, Strategic Resources, ajoute le rapport.
Le problème est que ces sociétés ne violent pas ouvertement les lois en l’absence de conventions internationales et de législations nationales précises.
«Ce sont, en façade, des entreprises légales de sécurité. Mais qu’est-ce qu’il y a derrière?» demande le rapporteur.
Pour lutter contre ces ambiguïtés, un projet de loi en Afrique du Sud prévoit d’interdire aux Sud-Africains de travailler dans des entreprises qui interfèrent dans les affaires d’autres pays.
M. Ballesteros préconise la clarification sur un plan international des zones grises qui permettent les activités des mercenaires.
Il souhaite des barrières légales pour interdire des services de gens dont l’intérêt est la prolongation des conflits, qui sont souvent les auteurs de graves violations des droits de l’Homme et dont les salaires grèvent le budget d’Etats déjà pauvres au détriment de la population.

