NUREMBERG (Allemagne), 6 Mars (Reuter). — Le chômage s’est encore aggravé en Allemagne en février mais à un rythme moins aigu que les mois précédents, ce qui peut laisser espérer que le pire est peut-être passé.
Le chômage n’en reste pas moins à ses niveaux les plus élevés depuis la grande dépression des années 1930, entravant les efforts du gouvernement pour assainir les finances publiques et répondre aux critères de convergence del’Union économique et européenne (UEM).
Le nombre de demandeurs d’emplois a augmenté de 5.000 en données corrigées des variations saisonnières, à 4,316 millions, a annoncé jeudi l’Office fédéral du Travail. Selon la Bundesbank, ce chiffre représente un taux de chômage inchangé de 11,3%.
En données brutes, le nombre de sans emploi a atteint 4,672 millions, après 4,658 millions en janvier, soit un taux de chômage également inchangé de 12,2%.
En janvier, le nombre de demandeurs d’emploi avait gonflé de 145.000, suscitant des doutes sur la capacité de l’Allemagne à réduire son déficit budgétaire en vue de la qualification à la monnaie unique.
Le président de l’Office du Travail, Bernhard Jagoda, s’est félicité du ralentissement de février et a prédit une décrue du chômage en mars, ajoutant que la prévision gouvernementale d’une moyenne de 4,2 millions de chômeurs cette année n’était pas «irréaliste».
«Dans les industries hors bâtiment, la hausse du chômage a été nettement moins forte que dans l’ensemble. Ce qui pourrait vouloir dire que le pire est passé en ce qui concerne l’emploi dans l’industrie manufacturière», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse après la présentation des chiffres.
La crise du bâtiment continue cependant de freiner la création d’emplois et l’économie n’a pas fourni en février l’impulsion nécessaire à la création de nouveaux emplois, a-t-il cependant reconnu.
Appel au patronat
Le ministre des Finances Theo Waigel avait estimé mercredi soir qu’il faudrait amorcer une décrue du chômage d’ici l’été pour espérer répondre aux critères du traité de Maastricht.
Uwe Angenendt, économiste de la BHF-Bank, a indiqué que le chiffre de février confirmait le fait que la brutale aggravation de janvier était due à des facteurs particuliers comme le mauvais temps. Mais il n’en a pas moins relevé sa précision du ratio déficit/PIB de l’Allemagne à 3,3%, alors que le traité de Maastricht limite le déficit budgétaire à 3% du produit intérieur brut.
Le porte-parole du gouvernement, Peter Hausmann, a estimé que l’objectif de Bonn de réduire le chômage de moitié d’ici l’an 2000 restait possible, si tous les partenaires sociaux «prennent leurs responsabilités».
Plus explicitement, Peter Hintze, secrétaire général de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) du chancelier Helmut Kohl, a invité le patronat à agir maintenant que le gouvernement a fait le nécessaire pour améliorer les conditions d’investissement et d’embauche.
Le gouvernement a fait voter une législation facilitant les embauches et les licenciements par les petites et moyennes entreprises et prépare une réforme fiscale qui se traduira par d’importantes baisses d’impôts, a-t-il rappelé dans un communiqué. «Ces mesures répondent aux demandes du patronat. Aux employeurs maintenant de jouer leur rôle et de créer des emplois».
La DGB, confédération des syndicats allemands, a de son côté estimé que la lutte contre le chômage devait s’accompagner d’une baisse des taux de la Bundesbank.
Le niveau des salaires n’est pas la cause profonde du chômage, a-t-elle estimé en réaction à la statistique de jeudi. «Seuls des taux de croissance de l’ordre de 3% par an pourront inverser la tendance. Cela requiert une relance de l’économie par les pouvoirs publics et par la Bundesbank, qui prendraient ainsi la tête d’une initiative de croissance dans toute l’Union européenne».
En Allemagne occidentale, le nombre CVS de demandeurs d’emplois a diminué de 4.000 en février, à 3,018 millions, pour un taux de chômage de 10,6%. Dans l’ex-RDA, il a augmenté de 9.000 à 1,298 million, pour un taux de 18,9%.

