Héroïne, cocaïne, ecstasy… la Russie paie le prix de la modernité et est confrontée à une palette de stupéfiants inconnus jusqu’alors, destinés aussi bien à son marché intérieur qu’au transit vers l’Europe de l’Ouest voire l’Amérique du Nord, selon plusieurs sources policières russes.
Mardi, l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) basé à Vienne a publié un rapport alarmiste qualifiant la Russie de nouvelle «plaque tournante». Vendredi dernier, le rapport annuel des Etats-Unis sur la drogue soulignait que la Russie avait connu en 1996 une explosion de la consommation de drogue et de la criminalité liée à ce trafic.
Une triste réputation que ne dément pas le responsable de l’unité antidrogue des douanes russes Nikolaï Nikolaev. «Le trafic augmente de 75% à 100% chaque année», explique-t-il, ajoutant que les trafiquants utilisent tous les moyens de transports.
«D’Inde, d’Afghanistan, d’Allemagne, des pays baltes, d’Amérique latine, le flot se déverse de partout», selon un policier de Moscou.
Dans la capitale, l’explosion du trafic est telle que «nous sommes incapables de la contenir au niveau de l’an dernier», selon un policier de la brigade antidrogue de Moscou. «Le nombre de crimes découverts par notre unité gonfle comme de la levure» chaque année.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: de près de 3.000 crimes liés à la drogue découverts en 1995, l’antidrogue de la capitale a frôlé les 5.000 en 1996. «Rien qu’en janvier, on en est à 672», précise ce responsable.
Face à ce fléau «international», les douanes russes comptent aujourd’hui «500 hommes» affectés spécifiquement à la lutte contre la drogue, selon M. Nikolaev.
Depuis la saisie en 1993 de deux tonnes de cocaïne colombienne dissimulée dans un bateau, les ports sont dans le collimateur. Mais aussi le Caucase et le Tadjikistan, porte d’entrée de l’héroïne et de l’opium asiatiques. «Nous vérifions tous les vols en provenance d’Asie centrale, que ce soit à Moscou ou à Saratov (centre)», assure M. Nikolaev.
Depuis juillet 1995, les services policiers de lutte contre la drogue ont été réorganisés en unités indépendantes dans les régions et les grandes villes du pays. A Moscou, de 40 hommes dépendant de la police criminelle de la ville, les effectifs sont passés à plus de 400 hommes.
Un long chemin
à parcourir
Leur quartier général dans un immeuble délabré de l’avenue de la Paix — Prospekt Mira — illustre le chemin qui reste à parcourir à l’«unité opérationnelle» de Moscou pour se mettre au niveau des services occidentaux. Ici, il n’est pas encore question de remonter jusqu’aux trafiquants en enquêtant sur l’argent sale. «Nous en sommes encore loin», selon un policier. De plus avec un service aussi récent, «nos hommes n’ont pas encore beaucoup d’expérience», reconnaît un officier.
La lutte commence pourtant à donner «quelques résultats», avec des méthodes occidentales comme des opérations d’inflation, y compris par les douanes. Les prises commencent à s’accumuler et la coopération entre services russes et étrangers fonctionne bien, assurent le douanier et le policier.
«Nous avons des informations sur d’où vient la drogue, par quels moyens», assure le policier. Les groupes mafieux russes qui s’occupaient d’armes et d’autres trafic sont sous surveillance. «Si les Colombiens veulent organiser un trafic, il faut qu’ils se mettent d’accord avec une bande locale».
Le phénomène le plus récent, c’est l’explosion de la consommation intérieure de cocaïne, avec l’avènement d’une classe de «nouveaux riches». Dans certains clubs très privés, on peut parfois assister à une discrète consommation à table.
Des «personnalités» en prennent, assure un policier. Et puis la cocaïne «cela fait bien dans certains cercles, pour l’image», selon lui. «Il faut avoir de l’argent dans les poches, le dépenser à droite et à gauche, avoir une jolie femme et une Mercedes 600». «Dans les clubs privés, ils ont la garantie qu’on n’y entrera pas. Dans les discothèques, difficile de s’y retrouver quand il y a 200 à 300 personnes», poursuit ce policier de l’antidrogue moscovite.


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