Tournage d’une émission quotidienne. Sur le plateau, l’animatrice de service bavarde avec l’hôte du jour, les techniciens s’activent en silence. Un peu plus loin, des invités attendent patiemment leur tour. Costumier, maquilleur, assistants... Tout ce petit monde travaille en parfaite synchronisation. Le «boss», comme le surnomment ses collaborateurs, débarque un peu plus tard et balaie du regard l’ensemble des opérations.
Simon Asmar est présent sur tous les fronts. Il converse avec son interlocuteur, tout en surveillant du coin de l’œil le déroulement du tournage.
Rien ne lui échappe: de la mêche de cheveux qui frisotte à la ligne de sourcil imperceptiblement mal tracée d’une présentatrice, en passant par la tenue plissée aux chevilles d’un animateur. Une acuité, due sans doute à sa longue pratique de la télé. Il a débuté, en effet, il y a trente-cinq ans — un peu par hasard — comme assistant preneur de son sur «Canal 9» (la chaîne francophone de l’époque). Ce domaine lui plaît, il prend alors des cours de réalisation par correspondance, ce qui l’oblige à se rendre périodiquement en France pour des stages. Là, il fait la connaissance de Jean-Claude Carrère et de Gérard Tournier, propriétaires des maisons de production qui ont lancé Sheila, Stone et Charden, Françoise Hardy... «C’est avec eux que j’ai appris le métier de directeur artistique. Je les ai vus s’occuper de leurs artistes, préparer leurs tournées, leurs interviews, leurs passages télévisés, leurs tenues de scène…», se souvient-il. «J’ai également eu la chance de côtoyer Barbara, Charles Aznavour, France Gall, Sylvie Vartan, Dalida, Léo Ferré et Gilbert Bécaud. Qui, lui, a été le parrain (artistique) de Julien Clerc. Une star dont j’ai suivi, pas à pas, lors de mes stages, le démarrage de carrière en 1968. J’étais présent dans les coulisses de «Hair», la célèbres comédie musicale qui a lancé ce chanteur…»
Fort de cette expérience, ajoutée à la télé (il a produit et réalisé jusqu’à ce jour plus de 70 émissions), Simon Asmar décide de prendre en main le lancement et la gestion de carrière des futures vedettes. En produisant déjà le fameux «Studio el-Fann», il entrouvre les portes du vedettariat à de nombreux candidats. Mais constate que «si on ne prend pas en main leurs débuts, ils risquent de faire un crochet télévisé de trois petits tours et de s’en aller»…
Le premier volet de la direction artistique consiste à déceler, d’un coup d’œil, «l’allure de vedettariat» qui distingue une future «star» des autres candidats. «Il y a quelque chose qui émane de certaines personnes, une allure, une présence, un charisme, un physique pas nécessairement beau mais qui a du genre. il faut bien entendu avoir une bonne voix si l’on veut être chanteur…» Une fois la vedette potentielle trouvée, on s’occupe de son «relookage»: vêtements, coiffure, maquillage, régime et chirurgie esthétique dans certains cas. On se charge aussi de son «éducation»: cours de chant, de danse, de solfège, de langues, «pour qu’il puisse se débrouiller lors de ses galas à l’étranger», et de… savoir-vivre. «Une future célébrité doit savoir se comporter en toute circonstance. Il ne doit pas y avoir de laisser-aller en public»… Bref, durant un an en moyenne, le directeur artistique investit dans sa future vedette («des sommes qui peuvent atteindre les 60.000 à 70.000$», dit-il avant de commencer à la lancer sur le marché. «On lui compose un répertoire, on fait des contrats avec des maisons de disques, on organise des interviews avec les journalistes. Ensuite, pour la familiariser avec la scène, on la fait passer en «vedette anglaise» (en ouverture simple) dans les spectacles des stars confirmées. Une fois sur rail, elle fera alors la «vedette américaine» (première partie) du spectacle. A la suite de quoi, son succès confirmé, elle se produira sur scène en solo».
Deuxième volet
A partir de là, commence la direction des affaires. «Galas, tournées, passages télé, le directeur artistique s’occupe de tout. C’est lui qui négocie les contrats, prend contact avec les réseaux de salles de spectacles à travers le monde», explique Simon Asmar. «Certains artistes font une cinquantaine de galas par an et ne se produisent pas uniquement sur les scènes des pays arabes mais aussi aux Etats-Unis, en Australie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre... La sélection du répertoire interprété au cours d’un gala est également du ressort du directeur artistique. Les tenues de scènes, les mots de bienvenue au public, tout est préparé à l’avance…» En contrepartie de ces services, le directeur artistique prélève 50% des bénéfices récoltés. «Mais il paye aussi 50% de tous les frais», affirme Asmar.
Aujourd’hui, il gère la carrière d’une quarantaine d’artistes dont Waël Kfoury, Nawal Zoghbi, Samara, Pascale Mechaalany, affirme passer plus de temps avec eux que leur proche famille. «C’est à moi qu’ils confient leurs ennuis, leurs problèmes. C’est moi qui les guide et qui les soutient en toutes occasions, ça crée donc forcément des liens affectifs». D’autant qu’«ayant un sens de l’éducation très poussé», Simon Asmar dit «aimer les voir grandir, évoluer, devenir de grandes vedettes». Vous avez dit Pygmalion?…
Zéna ZALZAL


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