Dès les premières mesures des sonates (Nos 23, 22 et 490 longo) de Scarlatti, le ton est à l’élégance. Œuvres qui se signalent par leurs lignes aisées, toujours renouvelées grâce à une imagination fertile et à une facilité surprenante. Rythmes vifs et bien marqués soutenus par une harmonie audacieuse et un imperceptible grain de fantaisie. Torrentielle, vigoureuse, romantique par excellence est la voix de Beethoven à travers le premier mouvement de la sonate No 16 op 31. Fluidité et puissance noueuse d’une narration qui coule de source sûre et qui épouse les impulsions de la nature et les profondeurs imprévisibles de l’agitation des sentiments humains...
Transcrite pour piano et dédiée par B. Gélalian à Elda, la Toccata et fugue en ré mineur de Bach avait sous les doigts de l’interprète toute les ardeurs d’une prière et la solennité d’une messe célébrée en grande pompe au milieu d’un nuage d’encens... C’est cela la magie et la force suggestive de la musique... En effet, brillante est cette valse de Chopin N2op 34 où les notes et les accords en grappe tournoient comme d’évanescentes jeunes filles en robes à crinoline dans de vastes salons cossus aux murs lambrissés et aux lustres à pendeloques miroitants...
Avec toutefois une pointe de mélancolie, grain de génie et pose éloquemment romantique de la part du «prince du clavier».
Avec Prokofiev, qui a abordé tous les genres avec bonheur, on savoure l’exquise atmosphère de «Cendrillon» à travers deux extraits (Hiver et Printemps). D’une narration rigoureuse, usant de changements de rythmes et de modulations de tons éloignés, il y a là aussi la présence d’un rêve cotonneux, presque embué, à travers de lyriques et pittoresques descriptions de la nature que la musique rend perceptibles... Baignés de lumière méditerranéenne, concis, les deux mouvements de la sonate brève de Gélalian étaient l’hommage ému, le gage de reconnaissance que l’élève rendait au maître. Avec l’«allegro de concierte» de Granados, place à cette envoûtante emphase ibérique tissée de passion fatale, de regard de braise et de sensualité.
Accents impétueux et véhéments où ne manquent ni la touche sombre ni le tragique héroïque pour évoquer le pays des mantilles et des «zarzuelas»… Virtuosité d’une partition éblouissante de couleurs, de timbres et de mouvements qu’assume avec brio la jeune interprète que le public a longuement applaudie. Pour ses dix-sept printemps, quel talent...
E.D.

