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Actualités - Analyse

Le cabinet très sûr de lui face à ses adversaires

Le gouvernement dort sur ses deux oreilles, sinon sur ses lauriers et ne prête qu’une attention distraite à l’agitation politique qui perdure depuis sa formation, comme si pour lui tout cela n’était que tempêtes successives dans un verre d’eau... Pourtant les nuages s’amoncellent: le gouvernement est pris à partie sur nombre de projets qui lui tiennent à cœur et qu’en principe il aura beaucoup de mal à faire passer à la Chambre, si l’on en croit les parlementaires. Il en va ainsi de la décentralisation administrative, du code de municipalités, de la nouvelle loi électorale, de la modification des barèmes de traitements, du code de l’audiovisuel, de l’octroi de licences pour de chaînes télé et des stations radio...
«Bah, commente un ministre avec une pointe de cynisme gouailleur, ça se passera gentiment, comme pour le budget. Nos amis de la Chambre feront leur petit théâtre de marionnettes avec effets de manches, envolées lyriques, périodes enflammées. Ils rougeoiront tout plein sous l’effet d’une éloquente indignation puis ils voteront à main levée tout ce que nous leur aurons proposé...»
Et de reconnaître, avec une fausse candeur, que «le secret — de Polichinelle — de notre assurance vient de la certitude que les décideurs imposent à toute opposition intérieure une règle de jeu très simple: déblatérer autant qu’on veut mais ne rien faire qui puisse menacer le pouvoir en place ou, plus exactement, la vie du Cabinet. A tout prendre c’est, entre nous et nos contempteurs, la lutte du pot de fer contre le pot de terre et ils partent battus d’avance à tous les coups. Ce n’est peut-être pas pour nos beaux yeux qu’une telle protection nous est fournie, mais à cause de la situation régionale qui est donc encore une fois notre meilleure alliée...»
Ce que ce ministre (dont le franc-parler est une preuve supplémentaire de confiance en soi) omet de préciser, c’est que les décideurs demandent en fait à toutes les parties de mettre la pédale douce, de ne pas faire de vagues, de ne pas prendre prétexte des projets de loi pour faire rebondir le conflit politique interloyalistes récemment «trêvé», si l’on peut dire, à coup de mots d’ordre dirimants...
D’ailleurs, du côté de l’opposition «new generation», entendre de la garde politique rapprochée de M. Nabih Berry, on confirme que «suite à des multiples contacts, directs ou indirects, nous cessons les déclarations incendiaires au top niveau et nous ne lançons plus de charges d’ordre général contre le personnel de l’Exécutif. Mais, se hâtent de préciser ces sources, cela ne veut pas dire que nous renonçons à contrôler l’action gouvernementale et le cas échéant à la censurer. Car personne ne nous demande de bloquer le fonctionnement organique des institutions ni de paralyser la Chambre».

Harcèlement discret

«C’est ainsi, poursuit ce parlementaire, qu’actuellement nous «épouillons», le code de l’audiovisuel pour tenter d’empêcher le camp d’en face d’en détourner l’application à son profit politique et commercial. Nous évitons cependant les attaques à caractère personnel et nul ne peut plus nous reprocher de lancer des accusations en l’air, sans avancer de preuves. Nous ne voulons pas aller sur les brisées des décideurs qui ont certainement à traiter des soucis bien plus graves que les problèmes infralibanais. Nous savons aussi que pour le moment il n’est pas question de renverser le gouvernement mais nous restons mobilisés, en nous efforçant de maintenir aussi l’opinion publique en état d’éveil, pour le jour où cela deviendra possible...»
Ce qui ne semble pas, à moins que l’affaire des Japonais ne tourne trop à l’aigre, pour bientôt. D’autant qu’il faut préparer la visite du pape en mai prochain puis, un mois plus tard, les élections municipales, toutes échéances que l’on n’imagine pas sans l’actuelle équipe ministérielle en place.
Un ministre modéré souhaite pour sa part que «le Parlement abandonne toute attitude belliqueuse et coopère sincèrement avec nous. Car indépendamment de toute considération régionale ou de «haute politique», il faut comprendre que le Trésor est exsangue et que le tohu-bohu démagogique sur l’échelle des salaires dans le public peut déboucher sur une véritable catastrophe socio-économique. Malgré la détermination de M. Hariri qui en fait son cheval de bataille, malgré les réserves en devises de la Banque centrale, la livre risque de couler. Car pour payer les fonctionnaires on n’aurait plus qu’à recourir à l’inflation. Surtout que les salariés du privé iraient à leur tour en guerre pour une forte augmentation et que le contribuable, suffisamment pressuré, n’accepte plus qu’on augmente les impôts pour couvrir les nouvelles dépenses engagées. Si les députés veulent qu’on augmente le salaire des fonctionnaires, qu’ils nous disent où trouver l’argent... Il est temps qu’ils comprennent aussi que le gouvernement n’est pas seul responsable des finances publiques, du moment que c’est l’Assemblée qui donne corps au budget général en le votant».

Le précédent
de l’article 6

A cette nuance près, quand même, que si elle veut y toucher quelque chose, le gouvernement monte sur ses grands chevaux et l’en empêche en menaçant de démissionner, comme cela a été le cas pour l’article 6 du budget...
Toujours est-il que, sur le plan pratique, le ministre d’Etat pour les Affaires financières, M. Fouad Siniora, après avoir précisé qu’il ne lui appartient pas de désigner les moyens de financer l’augmentation des salaires dans le public, indique que même un relèvement de 5.000 L.L. du prix des 20 litres d’essence (qui sont à quelque 12.000 L.L.) ne suffirait pas pour couvrir une dépense évaluée à 1.200 milliards de L.L., puisqu’elle doit s‘étendre à cause de l’effet rétroactif sur les deux exercices comptables 96 et 97. M. Siniora ajoute que les amendes pour exploitation illicite des biens domaniaux maritimes ne sont pas non plus d’un grand apport. Et de conclure que le Liban ne doit pas s’attendre à des miracles. Mais à des sacrifices...
E.K.
Le gouvernement dort sur ses deux oreilles, sinon sur ses lauriers et ne prête qu’une attention distraite à l’agitation politique qui perdure depuis sa formation, comme si pour lui tout cela n’était que tempêtes successives dans un verre d’eau... Pourtant les nuages s’amoncellent: le gouvernement est pris à partie sur nombre de projets qui lui tiennent à cœur et qu’en principe il aura beaucoup de mal à faire passer à la Chambre, si l’on en croit les parlementaires. Il en va ainsi de la décentralisation administrative, du code de municipalités, de la nouvelle loi électorale, de la modification des barèmes de traitements, du code de l’audiovisuel, de l’octroi de licences pour de chaînes télé et des stations radio...«Bah, commente un ministre avec une pointe de cynisme gouailleur, ça se passera gentiment,...