Aux Etats-Unis, où aucune loi n’interdit des expériences similaires sur l’homme, le président Clinton s’est ému de cette réussite génétique, et a décidé lundi de confier à une commission spéciale la rédaction d’un rapport sur ses conséquences juridiques et éthiques.
Bill Clinton avait interdit en 1996 l’utilisation de fonds fédéraux pour la recherche sur les embryons humains et il se demande aujourd’hui si une nouvelle loi est nécessaire pour limiter les expérimentations privées, a noté son porte-parole.
Se faisant l’écho des angoisses réveillées par le clonage de «Dolly», le prix Nobel de la paix 1995 Joseph Rotblat, connu pour son combat contre l’énergie nucléaire, a réclamé la création d’un comité d’éthique international chargé de contrôler les découvertes scientifiques, estimant que la génétique allait, à terme, constituer une menace aussi grande pour l’humanité que la bombe atomique.
Ce physicien de 87 ans, qui avait contribué à inventer la bombe nucléaire avant de la combattre, estime qu’«il revient aux scientifiques eux-mêmes de mener à bien cette mission (de contrôle des découvertes)» car, selon lui, les hommes politiques ne comprennent pas suffisamment la science pour la réguler.
«Je crains que d’autres progrès scientifiques ne conduisent à de nouveaux moyens de destruction de masse plus aisément disponibles que les armes nucléaires. La génétique est l’un de ces moyens, en raison de possibilités qui donnent le frisson», a-t-il déclaré à la BBC-radio.
En Ecosse, les scientifiques à l’origine du clonage d’une brebis adulte se sont félicités de la décision du président américain. Soulignant qu’il était «probablement» possible de cloner des êtres humains, le responsable de l’équipe, Ian Wilmut, a toutefois souligné: «Nous ne voyons aucune raison clinique pour faire cela. Nous trouverions tout cela totalement inacceptable éthiquement et ne le ferions pas. En fait, c’est déjà illégal au Royaume-Uni».
Le ministre allemand de la Recherche Juergen Ruettgers et l’Eglise catholique en Allemagne ont également exprimé leur trouble. «Il ne doit pas y avoir et il n’y aura pas d’être humain cloné», a déclaré M. Ruettgers (Union chrétienne démocrate, CDU, du chancelier Helmut Kohl).
Evêques «horrifiés»…
Un porte-parole de la conférence des évêques allemands a qualifié la possibilité de faire des clones humains de «vision d’horreur» et de «manipulation de la vie condamnable du point de vue de l’Eglise».
Pour le ministre français de l’Agriculture, Philippe Vasseur, «la seule barrière que nous puissions opposer, c’est la barrière politique, la barrière éthique», face à ces développements de la génétique: «Nous n’avons pas simplement à tenir compte de la science, mais de la totalité des phénomènes, y compris philosophiques», a-t-il ajouté.
«L’ONU devrait être saisie pour mettre au point une réglementation mondiale, seule capable d’éviter les dérives» et «la Déclaration des droits de l’homme devrait être complétée à l’occasion de la révolution scientifique actuelle», a estimé le Pr Jean-François Mattéi, membre du Comité national d’éthique français.
Le député français Christine Boutin (droite libérale) a déposé dès mardi une proposition de loi interdisant le clonage.
Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Daniel Tarschys, a estimé que le clonage d’êtres humains était «inacceptable» et qu’il devait être interdit conformément aux principes de la Convention européenne sur les droits de l’homme et la biomédecine.
Cette convention est le premier texte international contraignant destiné à protéger l’être humain contre d’éventuelles utilisations abusives des techniques biologiques et médicales. Ce texte sera proposé à la signature des 40 pays membres du Conseil le 4 avril.
Gare à l’erreur
Le directeur général de l’UNESCO, l’Espagnol Federico Mayor Zaragoza, a estimé que le clonage «ne devait pas être appliqué à l’espèce humaine» car ce serait aller à l’encontre de «l’éthique la plus élémentaire et du droit naturel».
Mais, dans les colonnes du «Washington Post», le commentateur James Glassman répond que «tenter d’arrêter le progrès intellectuel, sous quelque forme que ce soit, est une erreur terrible». De toute façon, écrit-il, «l’Etat n’est plus assez puissant pour contrôler les créations et les formes d’expression de l’esprit humain».
Le théologien américain Nigel Cameron, spécialiste de la bioéthique à la Trinity International University de Deerfield (Illinois), note de son côté qu’il est «difficile de voir le clonage comme autre chose qu’une dramatique tentative de jouer Dieu».
Justement, rappelle l’éditorialiste du «Wall Street Journal», «n’y a-t-il pas une raison, une bonne raison, pour laquelle Dieu, depuis le Paradis, a fait chacun d’entre nous légèrement différent? Peut-être qu’il essayait de nous dire quelque chose…».
Enfin, dans le quotidien «USA Today», le commentateur Craig Wilson lance une dernière pirouette juridique: «Les meurtres de clones pourraient devenir fréquents. Qu’arrivera-t-il alors? Sera-t-on accusé de meurtre ou de suicide?»
Aliments transgéniques
Les scientifiques énumèrent les avantages potentiels que l’on pourrait tirer du clonage: guérir les animaux atteints de la maladie de la «vache folle», trouver de nouveaux traitements efficaces pour l’hémophilie, amélioration de la production laitière chez le bétail; mais, ajoutent-ils, il ne sera pas possible de tirer profit de tous ces avantages avant des années et des années…
Le clonage de «Dolly» intervient sur fond de commercialisation, ça et là en Europe, de maïs ou colza transgénique. L’an dernier, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes d’Europe contre la commercialisation de soja américain transgénique et son utilisation dans divers produits alimentaires comme le pain ou les glaces.
Une trentaine de militants écologistes de Greenpeace ont occupé à la mi-février un hangar de Saint-Nazaire pour protester contre l’importation de maïs transgénique en France.

