Ecologiste convaincue — et convaincante —, Gladys Nader n’utilise pas pour autant la langue de… bois!
Après avoir dénoncé «l’indifférence du public» qui ne semble pas réaliser l’ampleur des dégâts, Gladys Nader a passé en revue la situation catastrophique sur le terrain. Pollution de l’air, du sol, de l’eau et de la mer. «Selon les rapports d’experts 80% des eaux de sources et des fleuves sont pollués. Les usines de Chekka et de Zouk ne se conforment pas aux normes sanitaires. Le sol contient des déchets toxiques. D’autre part on assiste à une déforestation et désertification progressives. Malgré l’interdiction, des forêts continuent d’être décimées… Y compris les Cèdres et les Genévriers centenaires. Il ne reste dans le pays que 5% de végétation naturelle. Alors que la norme devrait être de 20%. Aujourd’hui encore au Akkar, on coupe chaque hiver 60.000 arbres. Les carrières ont fait disparaître les grottes préhistoriques ainsi que des sites naturels et des sources... La guerre aussi, nous a fait perdre beaucoup de notre patrimoine», poursuit la conférencière. «Non seulement du fait des bombardements mais aussi à cause des infractions et des négligences», rappelle-t-elle. «Enfin, la période de reconstruction actuelle fauche tout sur son passage…».
Etendard
«Militer pour quoi?», telle est la question! «Parce que les problèmes d’environnement touchent à notre existence même: santé, économie, avenir, identité, dignité et survie. Militer c’est lutter pour un bien public qui est aussi un bien personnel (…). Celui qui agresse la nature, vous agresse personnellement. Celui qui salit votre rue, salit l’entrée de votre maison. Celui qui empoisonne la nappe phréatique, vous empoisonne. Celui qui veut privatiser le littoral, vole votre droit à la mer! En ne militant pas, nous cédons notre droit, nous abdiquons face à celui qui en profite pour ses intérêts personnels. Ne nous laissons pas intimider par l’ampleur des problèmes, ni par le pouvoir des profiteurs. Ne laissons pas, par résignation, un fait devenir accompli. Une infraction reste une infraction même si c’est le président de la République qui la commet»…
Rappelant par ailleurs l’existence, depuis 1920, de lois libanaises protégeant l’environnement, la conférencière a déploré leur non-application. Ainsi que le conflit de compétence (entre ministères) et la minceur dérisoire d’un budget qui paralyse les initiatives du ministère de l’Environnement. «C’est le ministère de l’Intérieur qui a tous les pouvoirs… Et il en abuse constamment», a-t-elle affirmé.
Après avoir exposé donc les différentes raisons qui doivent pousser les gens à militer pour la sauvegarde des ressources naturelles et du patrimoine, la conférencière a témoigné de son parcours personnel dans ce domaine.
Il y a trois ans, au cours d’une marche à Fakra elle s’indigne en voyant des travaux sur le pont naturel. «Jusque là», dit-elle, «mon intérêt pour la nature se limitait à la marche et au ski de fond». Ce pont naturel menacé la sort de sa torpeur. Elle prépare un dossier, photos à l’appui, et l’adresse au ministère de l’Environnement. Puis elle rallie l’association «S.O.S. Environnement» fondée par Gaby Butros. A partir de là, Gladys Nader part en croisade contre le promoteur contrevenant. De pétitions en démarches auprès des responsables, en séminaires éducatifs, en combats contre les instances administratives, les institutions étatiques, les hauts et les petits fonctionnaires..
Depuis, elle mène bataille sur tous les fronts, car l’affaire du pont n’est pas terminée…
Avant de conclure sa conférence, Gladys Nader a tenu à rendre hommage à certaines figures marquantes du combat pour la protection de l’environnement: le pionnier, Lionel Ghorra, Lady Yvonne Sursock-Cochrane (APSAD), Ricardo Habre («Amis de la Nature»)… Abdallah Zakhia, Gaby Bustros («S.O.S. Environnement»), Hafez Jreij, Paul Abi-Rached, Nelly Abdallah et Aref Kdeih, un militaire à la retraite qui milite pour les forêts du Liban et en particulier celles de sa région le Akkar.
Et Gladys Nader de souligner qu’il faut former une «police verte». Car on doit à tout prix agir, «non seulement pour continuer à vivre au Liban, mais pour y vivre bien!»
Et de conclure sur cette pensée forte de Margaret Mead: «Ne doutez jamais qu’un petit nombre de citoyens bien déterminés puisse changer le monde… En fait, de cette seule manière qu’il a jamais changé»…
Z.Z.

