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Actualités - Chronologie

Le raffinage sauvage au secours des indépendantistes tchétchènes

GROZNY, 17 Février (AFP). – Les bottes pleines de boue, les mains puant l’essence, Iakoub et Mekhdi surveillent du coin de l’œil leur petite «raffinerie» – une vieille citerne rouillée où brûle du pétrole, à demi enterrée sur le bord d’une route au sud-est de Grozny.
Pendant toute la guerre contre l’armée russe, ce travail dangereux pour leur santé mais extrêmement lucratif – près de 3.000 dollars par mois – leur a permis de nourrir leur famille et de soutenir financièrement les combattants séparatistes. Récupérant pour pas cher du brut venant des gisements tchéchènes abandonnés ou mal contrôlés, ils revendent ensuite jusqu’à cinq fois plus cher l’essence de qualité douteuse ainsi obtenue.
Ces raffineries sauvages – qui se comptent par centaines et font vivre des milliers de petits détaillants qui alignent les bocaux d’essence à moins de 20 cents le litre le long des routes tchétchènes – sont tout ce qui reste de l’industrie pétrolière autrefois très prospère de la petite république caucasienne.
La direction indépendantiste présidée par Aslan Maskhadov veut les faire disparaître et remettre sur pied les usines de raffinage d’avant-guerre pour en faire le moteur d’une nouvelle économie «nationale».

Ni fournisseurs, ni
débouchés

«Nous avons pris une série de mesures pour que tout cela cesse très rapidement, et rétablir la production d’avant-guerre», affirme Khodj-Akhmed Iarikhanov, nouveau président de la compagnie «nationale» des pétroles Iounko.
Iakoub et Mekhdi, 42 ans à eux deux, n’y croient pas une seconde. «Ils peuvent toujours parler, tant qu’il n’y aura pas d’autre moyen de gagner son pain, personne ne nous arrêtera», dit Mekhdi.
La remise en route de l’industrie de raffinage «légale» pourrait effectivement prendre beaucoup de temps, reconnaît Najmoudine Akouïev, ingénieur en chef de la principale raffinerie du pays, la raffinerie Lénine de Grozny.
Bien qu’elle ait officiellement rouvert ses portes, l’usine ne peut raffiner au mieux que 3.000 tonnes par jour – soit moins de 10% de sa capacité d’avant-guerre, dit M. Akouïev.
Soixante-cinq des 70 cuves, qui permettaient de stocker le brut attendant d’être traité et les produits raffinés eux-mêmes, ont brûlé pendant les combats, dit-il. Et la plus performante des unités de raffinage nécessiterait quelque 200 millions de dollars de réparations. Une somme introuvable aujourd’hui dans la petite république musulmane dévastée par 21 mois de guerre.
La guerre a aussi privé l’usine à la fois de ses principaux fournisseurs, surtout des gisements de pétrole sibériens, et de ses principaux débouchés, situés dans les régions du sud de la Russie comme Stavropol ou Volgograd.
Le brut tchétchène, dont la production a rarement dépassé avant-guerre les 4,5 millions de tonnes par an, ne représentait qu’un quart du travail de la raffinerie.

Moyen de pression

Les Tchétchènes espèrent obtenir le plus vite possible des Russes qu’ils financent la relance de l’usine.
Mais selon M. Akouïev, les discussions sur une éventuelle aide économique russe sont étroitement liées aux délicates négociations politiques sur le futur statut de la république caucasienne, qui pourraient durer des années. L’accord de paix russo-tchétchène du 31 août 1996 donne en effet un délai de cinq ans pour que ce statut soit déterminé.
Pour accélérer les choses, la Tchétchénie a sur Moscou un moyen de pression important, affirme M. Iarikhanov: elle peut maintenir fermé l’oléoduc qui la traverse sur 153 kilomètres, reliant l’Azebaïdjan au port russe de Novorossisk sur la mer Noire, tant qu’un accord n’aura pas été trouvé.
Moscou compte sur les taxes de transit liées à l’utilisation de cet oléoduc pour tirer sa part de l’exploitation par un consortium international des réserves pétrolières en mer Caspienne.
Les indépendantistes espèrent eux aussi toucher leur part de ce transit. Mais M. Iarikhanov affirme que cette part est négligeable et que la Tchétchénie peut y renoncer pour faire pression sur Moscou.
La menace est lourde pour les Russes, qui redoutent que les Occidentaux à la tête du consortium en profitent pour les exclure de l’exportation du pétrole azerbaïdjanais – prévu pour débuter dès la fin février – en utilisant un nouvel oléoduc qui devrait relier la mer Noire par la Géorgie l’an prochain.
GROZNY, 17 Février (AFP). – Les bottes pleines de boue, les mains puant l’essence, Iakoub et Mekhdi surveillent du coin de l’œil leur petite «raffinerie» – une vieille citerne rouillée où brûle du pétrole, à demi enterrée sur le bord d’une route au sud-est de Grozny.Pendant toute la guerre contre l’armée russe, ce travail dangereux pour leur santé mais extrêmement lucratif – près de 3.000 dollars par mois – leur a permis de nourrir leur famille et de soutenir financièrement les combattants séparatistes. Récupérant pour pas cher du brut venant des gisements tchéchènes abandonnés ou mal contrôlés, ils revendent ensuite jusqu’à cinq fois plus cher l’essence de qualité douteuse ainsi obtenue.Ces raffineries sauvages – qui se comptent par centaines et font vivre des milliers de petits...