A en croire ces personnalités, qui négligent le Hezbollah dont la neutralisation est pourtant posée comme condition préalable par le même Netanyahu, «le gouvernement israélien est désormais convaincu qu’il n’y a d’autre solution que le retrait. Il renonce donc aux innombrables formules abracadabrantes qu’il a pu avancer par esprit d’obstruction, comme la formation d’une nouvelle force multinationale ou encore la mise à l’épreuve de l’armée libanaise pendant neuf mois avant le retrait. Tel-Aviv ne tient plus qu’à sortir ses troupes du guêpier que leur tend la résistance libanaise, les cercles militaires et politiques israéliens ne supportant plus l’hémorragie. Ils réalisent en effet que rien n’y fait contre la guérilla de harcèlement que leur livre le Hezbollah, ni les bombardements ni les rapts ni les attentats. Comme, d’année en année, il devient clair qu’en dépit de ses rodomontades, le géant militaire qu’est Israël ne parvient pas à maîtriser le problème, ses alliés américains ainsi que les Occidentaux se sont convaincus à leur tour que la seule solution est qu’il se retire du Sud. Peut-être qu’on n’y aurait pas songé s’il n’y avait la nécessité de faire redémarrer le processus de paix, suspendu depuis un an sur le front syro-israélien. Cette reprise des pourparlers est déjà rendue très difficile par la position négative qu’affiche Netanyahu en ce qui concerne le Golan. Et elle deviendrait carrément impossible si on devait laisser la question du Liban-Sud continuer à pourrir sur pied, en empoisonnant tout le climat régional au point de provoquer un sérieux risque de guerre».
Toujours selon ce loyaliste, qui semble succomber à une solide tradition locale de tic nombriliste, «le problème si dangereux du Sud est désormais au centre même du processus de paix et les Américains lui accordent la priorité absolue. D’autant qu’ils conviennent maintenant, avec les Européens et avec les Arabes modérés, que techniquement, le dossier est de loin le plus facile à traiter, du moment qu’Israël n’a pas de revendications territoriales au Liban et qu’il ne pose que la question de sa sécurité frontalière». Ignorant un peu l’histoire qui attribue le mérite du premier geste à Anouar Sadate, cette source locale affirme que «Washington a toujours favorisé les solutions par ordre croissant de complexité. C’est parce que le volet égyptien était le plus facile que l’on avait commencé par là en 1978-1979, dans le cadre d’une politique de progrès pas à pas qui avait débouché sur Camp David. Puis il y a eu les accords israélo-palestiniens d’Oslo, approuvés par les deux principaux partis israéliens, et enfin le traité entre Israël et la Jordanie».
On ne voit pas en réalité en quoi le dialogue avec l’OLP était plus facile à engager pour Israël qu’avec Hussein de Jordanie... Mais au-delà de tout détail d’ordre casuistique, on peut convenir avec la même source que «cela s’est bloqué du côté du volet syrien, qui est le plus difficile, et partant du côté du volet libanais qui lui reste rattaché. Il faut qu’Israël applique la 425 et restitue le Golan, prévoient clairement les principes de Madrid. Il rue cependant dans le brancard car il semble estimer qu’il serait ainsi seul à «payer un prix» pour la paix. Ce qui n’est pas vrai car il y a une bonne différence entre «payer le prix», comme le fait en réalité le Liban depuis longtemps, et «rendre» à chacun son juste droit, ce qui est très exactement ce que l’on attend d’un spoliateur».
Toujours est-t-il que sur le plan pratique, «Clinton, estime la même personnalité libanaise, a très certainement parlé avec Netanyahu d’un arrangement sécuritaire qui, au Sud, se ferait à trois: Israël, Syrie, Liban. Il y aurait dans ce cadre à traiter du sort des milices auxiliaires de l’occupant que dirige Antoine Lahd. Le Liban et la Syrie tiennent à ce que tout règlement se fasse dans le seul cadre de la 425. Si Israël accepte de se retirer au profit d’un déploiement de l’armée libanaise soutenue par la FINUL, Beyrouth et Damas ne peuvent évidemment pas refuser... Quoique certains indices laissent penser que les Syriens préféreraient qu’on règle d’abord la question du Golan».
E.K.

