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Actualités - Chronologie

Si tu t'imagines, Juliette...

PARIS, 12 Février (AFP). – Juliette Gréco n’a jamais imaginé que «ça durerait toujours». «L’interprète de «Jolie môme» a fêté vendredi dernier, avec ses amis et sa fille, son soixante-dixième anniversaire.
«Mon âge? je m’en fous, même si je suis un peu nostalgique en pensant à ceux qui, comme Miles Davis ou bien encore Jean-Paul Sartre, nous ont lâchés en cours de route, lance-t-elle. A vrai dire, si je n’ai pas réellement le sens des dates, je n’aurais jamais pensé que j’irais jusque-là... et j’espère toujours mourir vite et fort».
A la fois «écorchée vive et tolérante», la chanteuse, qui réside dans une cure de 1760 située entre Senlis («trop chic») et Clermont, dans l’Osie, se réjouit d’une forme physique lui permettant de poursuivre sa carrière à un rythme infernal: «Je galope, je mange et je bois. Je dors mal, mais ce n’est pas nouveau...».
De retour du Japon, où elle vient de se produire dans «une sorte d’opéra somptueux, grandiose», enchantée d’une récente escale à Brive-La-Gaillarde, impatiente de mettre le cap sur l’Allemagne pour une série de galas, Juliette Gréco attend par ailleurs la sortie d’un film réalisé en Autriche.
Bougonne, mais nullement nostalgique, la muse de Saint-Germain-des-Prés hante encore régulièrement les rues de ce quartier. «J’y reviens comme on rend visite à un amant. J’y étais encore mardi, explique-t-elle. Pour y défendre la mémoire de ceux que j’ai aimés en fondant, avec une amie, un comité destiné à en préserver les lieux culturels, baptisé «SOS Saint-Germain»».
Consciente d’avoir vécu «plein de vies», Juliette Gréco née à Montpellier avant de passer son enfance en Dordogne, à Bordeaux, puis à Paris à l’âge de sept ans, se souvient d’un séjour de dix jours à la prison de Fresnes en 1943, à l’issue duquel elle parvint à éviter la déportation à Auchwitz, connue par sa mère et sa sœur, résistantes.
Elle n’avait pas quinze ans, et, derrière elle, une enfance choyée. «J’étais à la fois désespérée et optimiste, mais pleine d’espoir contrairement aux jeunes de maintenant».
Consciente que «ce n’est pas en criant que l’on gagne la guerre», que «l’histoire a démontré que toute révolution passe par des chansons», et que «chanter, c’est combattre», Juliette Greco s’efforce de faire passer ses messages «de paix, de fraternité, d’attention, de douceur et d’amour» en chantant.
Une croisade qui, par le passé, lui valut le plus grand «bide» de sa carrière, devant un parterre de militaires chiliens, sous le règne de Pinochet. Muets de stupéfaction face au culot de celle qui venait de leur interpréter des chansons antimilitaristes, tous quittèrent la salle «dans un silence de mort».
Elle ne se fait pas prier non plus pour faire entendre sa révolte, à propos de la situation en Corse, d’où sa famille paternelle est originaire. «Ce qui se passe là-bas m’apparaît à la fois lamentable et dangereux, estime-t-elle. Il faudrait écouter les gens. Plus on est sourd, et plus la violence monte».
Les prises de position de Brigitte Bardot, en faveur du candidat du Front national à Vitrolles ne la laissent pas davantage indifférente: «Je ressens une douleur au cœur en entendant s’exprimer ainsi l’une des plus belles femmes au monde. Ses propos sont douloureux, tant pour elle que pour nous».
A la douleur, Juliette Gréco ajoute la colère et le désespoir dès qu’elle allume son poste de télévision «pour y voir les images de génocides et de tout le sang versé».
Mariée, le 15 avril 1988, au pianiste Gérard Jouannest, après avoir partagé la vie de Philippe Lemaire et de Michel Piccoli, Juliette Gréco, qui n’apprécie guère le qualificatif de «femme fatale» dont on l’a souvent affublée, n’envisage pas une seconde de mettre un terme à sa carrière.
Car, même si, «hors du temps», elle n’a jamais figuré dans un «Top-50, chose aussi bizarre que les Victoires de la Musique», elle se réjouit que la ferveur de son public soit «toujours là». L’interprète de «La javanaise» et de «Déshabillez-moi» est convaincue qu’il lui reste encore «quelques vies pour mener un combat pacifique». Une lutte dont bénéficiera, samedi, l’association «Gays et Lesbiennes» dont elle présidera le bal, à l’Opéra-Bastille.
PARIS, 12 Février (AFP). – Juliette Gréco n’a jamais imaginé que «ça durerait toujours». «L’interprète de «Jolie môme» a fêté vendredi dernier, avec ses amis et sa fille, son soixante-dixième anniversaire.«Mon âge? je m’en fous, même si je suis un peu nostalgique en pensant à ceux qui, comme Miles Davis ou bien encore Jean-Paul Sartre, nous ont lâchés en cours de route, lance-t-elle. A vrai dire, si je n’ai pas réellement le sens des dates, je n’aurais jamais pensé que j’irais jusque-là... et j’espère toujours mourir vite et fort».A la fois «écorchée vive et tolérante», la chanteuse, qui réside dans une cure de 1760 située entre Senlis («trop chic») et Clermont, dans l’Osie, se réjouit d’une forme physique lui permettant de poursuivre sa carrière à un rythme infernal: «Je galope,...