Les pays qui risquent de faire les frais de ce plan ont les premiers réaffirmé leur volonté de participer à l’aventure dès le 1er janvier 1999 en procédant aux assainissements nécessaires pour respecter les critères du traité de Maastricht.
Le premier ministre italien Romano Prodi a ainsi critiqué dans un communiqué ces informations «fausses, injustifiées et sans fondement» qui ne font «rien d’autre que susciter le doute chez les Italiens et les marchés financiers».
Il a été suivi par l’Allemagne et la France: ces deux pays, qui font la pluie et le beau temps dans l’UEM, ont affirmé qu’un tel plan n’était pas «en discussion» et qu’ils souhaitaient que le plus grand nombre possible de pays se qualifie pour l’euro.
Enfin, la Commission européenne a écarté toute possibilité de faire une présélection des participants à l’euro, qui seront choisis au printemps 1998 sur la base des performances réalisées en 1997 en matière de taux d’intérêt, d’inflation, de déficit public, d’endettement et de stabilité monétaire.
«Les participants à la monnaie unique seront décidés en 1998», a dit son porte-parole. «La Commission n’est pas en train d’envisager des mesures transitoires pour tel ou tel pays».
L’«obsession» allemande
Même si l’idée n’est pas formalisée dans un «plan» ou un «compromis», certains envisagent cependant un tel report depuis des mois, partant de l’idée que lancer l’euro avec des pays membres du «Club Med» nuirait considérablement à sa stabilité.
«Je ne puis confirmer jusqu’à quel degré cela a été réglé, mais dans certains milieux il est clair qu’on y pense», a déclaré un haut responsable de l’Union européenne.
Un diplomate expert des questions monétaires pointe du doigt le principal tenant de cette ligne dure, l’Allemagne.
«Les Allemands ne veulent aucun des pays du Sud dans le premier train de la monnaie unique», explique-t-il en parlant d’une véritable «obsession» allemande sur ce dossier.
Contrairement aux Français qui, victimes des dévaluations passées de la lire et de la peseta, souhaitent voir les pays du Sud intégrer l’euro, l’Allemagne estime qu’il lui sera impossible de convaincre son opinion publique de renoncer au mark pour une monnaie unique «polluée» par des devises faibles.
Bonn craint que des pays comme l’Italie ne parviennent de justesse à atteindre la cible en 1997, notamment le critère crucial d’un déficit du PIB de 3,0%, en prenant des mesures à court terme,mais que l’assainissement ne soit pas durable.
«Le film est plus important que la photo», dit un diplomate.
L’idée est donc de proposer aux pays du Sud de reporter d’un an ou deux leur adhésion à l’euro pour assurer un décollage sans risques, leur entrée se faisant en tous cas avant l’introduction des pièces et des billets le 1er juillet 2002, échéance qu’il serait difficile de dépasser sans inconvénients très lourds.
Présomption positive
«S’ils n’adhèrent pas le 1er janvier 1999, la date d’entrée serait très rapprochée», souligne un diplomate. «Ils (les Allemands) sont prêts à leur donner une présomption positive».
Le traité de Maastricht prévoit d’ailleurs dans son article 109 un examen automatique tous les deux ans de la situation économique des Etats membres qui n’ont pas pu adhérer à l’euro.
Les pays obligés de patienter pourront se préparer à rejoindre le peloton de tête en défendant la parité que leur devise devrait suivre s’ils en faisaient partie.
Bonn est soutenu sur ce dossier par La Haye.
Le gouverneur de la Banque centrale néerlandaise, Wim Duisenberg, qui deviendra le 1er juillet prochain président de l’Institut monétaire européen (IME), a d’ailleurs écarté cette semaine les pays du Sud de la première vague de l’euro dans la liste dressée dans une interview publiée par «Die Welt».
Il reste à mesurer les implications politiques d’une mise au frigo temporaire des pays du Sud ainsi que sa faisabilité.
L’Italie, l’Espagne et le Portugal soulignent à bon droit que tous les pays respectant les critères de Maastricht pourront — et devront selon le traité — franchir le pas dès 1999.
Or, selon les dernières prévisions de la Commission pour 1997, seule la Grèce n’a aucune chance de se qualifier.
La mise à l’écart des pays du Sud sur des bases subjectives risquerait dès lors de provoquer une cassure dans l’Union.
Les partisans d’une UEM la plus large possible en sont à espérer que les Allemands ne respecteront pas les critères et qu’ils ne pourront dès lors sélectionner les participants.
«J’espère qu’ils ne respecteront pas les critères», a dit un diplomate. «Cela les obligera à modérer leurs exigences».

