«Il faut pouvoir entrer en compétition au niveau international, et je suis moi-même entré dans une logique de marché mondial», a-t-il déclaré à des journalistes, à l’occasion d’un déjeuner de presse.
C’est pourquoi Pérez, révélé par «Cyrano de Bergerac» de Jean-Paul Rappeneau et confirmé par «La Reine Margot» de Patrice Chéreau, s’est retrouvé l’espace d’un tournage de quatre mois à Los Angeles en 1995 premier rôle d’un film américain qui sortira mercredi à Paris.
Mais le metteur en scène – Tim Pope – est Britannique et le directeur de la photographie, Jean-Yves Escoffier, est Français. Avec Gérard Depardieu, Julie Delpy ou Luc Besson, Pérez est ainsi l’un des rares professionnels français à tenter l’aventure américaine. Et à être autant disponible sur le plateau que pour le travail de promotion, à l’exemple des «stars» américaines.
«Il faut encourager les gens du métier à se battre pour vendre les films, pousser (les acteurs et les réalisateurs) à se déplacer. En gros, j’essaye de donner l’exemple», a-t-il dit.
«Pour Unifrance (organisme chargé de la promotion du film français à l’étranger), je suis un «œil baladeur», qui commence à bien connaître les Américains».
Une vendetta
En 1981 à Berlin, James 0’Barr termine sa période d’engagement dans les Marines. Autodidacte, il crayonne des planches d’un personnage inspiré de sa propre expérience et des chanteurs de rock Iggy Pop et Peter Murphy, du groupe Bauhaus. Huit ans plus tard, le premier album «The Crow», bande dessinée violemment expressionniste, remporte un succès foudroyant.
Une première adaptation cinématrographique sera tournée par Alex Proyas, avec Brandon Lee dans le rôle principal. Tout comme son père, l’acteur de kung fu Bruce Lee, il trouvera la mort au cours du tournage.
Un souvenir qui était diffus sur le plateau de «The Crow – la cité des anges», qui n’est en aucun cas une «sequel» (suite), a souligné Pérez. «Si on m’avait présenté le sujet comme une «sequel» j’aurais refusé», a-t-il dit tout net.
Le long métrage raconte en gros l’histoire d’une vendetta, celle menée par «The Crow» contre des voyous particulièrement colorés qui l’ont tué lui et son fils. D’où l’ambiguïté voulue entre rêve et réalité qui baigne des images où les couleurs vives le disputent à l’ambiance perpétuellement nocturne. L’un des voyous est précisément incarné – si l’on ose dire – par le rockeur décharné Iggy Pop.
«La Reine Margot» a donné l’idée à pas mal de gens (aux Etats-Unis) de me faire jouer. Paradoxalement, «La Reine Margot», m’a aidé un peu partout sauf en France». Et d’ajouter qu’il ne trouvait rien d’intéressant en France dans les sujets qu’on lui proposait. «Il n’y a pas eu grand-chose pour moi ces deux dernières années», reconnaît-il.
C’est pourquoi, dans la foulée, Pérez a tourné un deuxième film aux Etats-Unis, d’après la nouvelle «Emmy Foster» de Joseph Conrad. Il sera peut-être présenté à Cannes cette année. Ce qui ne l’empêchera pas de démarrer le mois prochain le tournage d’une nouvelle version du ««Bossu»», d’après le roman de Paul Féval. Il y incarnera, sous la houlette de Philippe de Broca, le personnage du duc de Nevers (celui de la fameuse «botte»).
L’archétype
du conte
Mais Pérez, s’il souligne les qualités d’organisation, de promotion et de logistique des Américains, ne verse pas à leur égard dans l’idolâtrie.
«Sur le plateau, il y a une différence très nette entre l’Europe et les Etats-Unis. J’ai vraiment senti que les gens avaient peur de se faire virer. Sans compter le poids des producteurs et des distributeurs», dit-il.
«Au contact de gens comme Chéreau (et de la troupe du théâtre des Amandiers), «Rappeneau ou (Michelangelo) Antonioni, j’ai affiné mes goûts et mes désirs et j’aurai donc une ligne de conduite très stricte, mais très variée», a-t-il affirmé.
Comme tant d’autres acteurs, Pérez rêve de faire son premier film. «Le cinéma, je pense, se cherche un nouveau souffle. Le problème reste toujours le même: qu’est-ce qu’on raconte? A ce niveau, les Américains ont quelques problèmes eux aussi», dit-il.
«A mon avis, il est important de retourner aux sources, à tout ce qui fait une culture», poursuit-il faisant référence aux contes et mythes qui ont traversé les temps et les espaces, ou encore à ceux qui ont écrit sur le sujet, que ce soit Bruno Bettelheim, Joseph Campbell ou James Frazer.
«J’ai envie de retrouver l’archétype du conte dans les histoires qu’on raconte, qu’on rentre à nouveau dans les mythes. Cela fait cinq ans que je travaille sur un conte et je pense, comme les Indiens, que chacun porte son propre conte. j’ai trouvé le mien», conclut-il.

