Le succès est tel que les Egyptiens, prompts habituellement à sortir dans la rue juste après avoir pris le repas marquant la rupture du jeûne, restent chez eux jusqu’à la fin de l’émission, présentée par l’acteur comique Ibrahim Nasr sur la deuxième chaîne, une heure après l’«iftar».
Même les traditionnels «fawazir» télévisés (devinettes), considérés depuis plus de trente ans comme la principale attraction télévisuelle du jeûne, sont désormais très peu suivis. Certains critiques, comme M. Mohamad Hamza du quotidien «al-Wafd», prônent la suppression pure et simple de ces fawazir «vieillis».
Inspirée par les télévisions étrangères, la «caméra cachée» d’Ibrahim Nasr a commencé à «accrocher» le public l’an dernier. Ce succès a poussé toutes les chaînes de télévision, y compris les six régionales, à en faire autant.
Cependant, les critiques égyptiens ont multiplié leurs attaques contre les émissions accusées de chercher à faire rire au détriment des sentiments des gens ou en se moquant d’eux.
Pour le critique du quotidien gouvernemental «al-Akhbar», Essam Besseila, il s’agit d’une «mauvaise imitation» des émissions étrangères, qui «se moque des citoyens que la caméra piège et qui va à l’encontre de la mentalité des téléspectateurs».
Le célèbre critique et scénariste Rafik Sabbane a, de son côté, déclaré qu’il s’agissait pour lui d’«une arme à double tranchant: ces émissions poussent les gens à rire, ce qui est bien, mais cela se fait en se moquant des autres, ce qui est négatif».
Il a cité comme exemple de mauvais goût une émission d’Ibrahim Nasr où un homme, quittant les toilettes d’un hôtel, tombe sur une dizaine de personnes qui l’applaudissent en lui affirmant qu’il a gagné un prix de 5.000 livres égyptiennes (1.500 dollars) car il est la 7.000e personne à sortir de ces latrines depuis leur ouverture.
Les habitants de la Haute-Egypte (les Saïdis), victimes privilégiées de la caméra cachée, ont été les plus indignés par ces émissions.
Le quotidien égyptien «al-Gomhouriya» a rapporté qu’Ibrahim Nasr avait reçu une lettre contenant une menace d’agression de la part des «Saïdis».
«Si tu ne cesses pas de te moquer des Saïdis dans ton émission, nous allons mutiler ton visage avec de l’acide», selon la lettre.
L’acteur s’est aussitôt rendu à la police pour l’avertir, sans rire cette fois.

