La première phase du débat doit s’ouvrir mardi par un séminaire de quatre jours devant réunir soixante participants provenant de toutes les tendances politiques, à l’exception de la rébellion.
Ce séminaire sera suivi d’une série de colloques jusqu’au mois de mars, a précisé le ministre des Réformes institutionnelles et des Relations avec l’Assemblée nationale, Eugène Nindorera, qui préside la commission chargée du débat national.
Trois des principales organisations politiques du pays ont d’ores et déjà rejeté l’idée de participer au débat. Ces trois formations sont issues aussi bien de la minorité tutsie au pouvoir que de la majorité hutue renvoyée dans l’opposition par le putsch militaire contre le président Sylvestre Ntibantunganya, qui a remis Pierre Buyoya (Tutsi) au pouvoir le 25 juillet dernier.
Les Forces de changement démocratique (FCD, ancienne majorité présidentielle déchue), composées du Front pour la démocratie au Burundi (FRODEBU, largement majoritaire à l’Assemblée nationale issue des élections de 1993), le Rassemblement du peuple burundais (RPB), le Parti du peuple (PP) et le Parti libéral (PL), ont déclaré qu’un «débat national vrai, sincère et authentique ne peut être envisagé avant que les belligérants, actuellement en conflit armé, soient d’accord pour arrêter la guerre et entamer les négociations».
L’arrêt des
massacres
A la sortie d’une rencontre mercredi dernier avec M. Nindorera, le secrétaire général du RPB, Philippe Nzobonariba, a posé des conditions à la participation au débat national. «Il faut d’abord qu’il y ait l’arrêt des massacres et un cessez-le-feu qui puissent garantir une tenue d’un débat libre», a-t-il dit.
De son côté, Charles Mukasi, président de l’Unité pour le progrès national (UPRONA), principal parti dans lequel se reconnaît la minorité tutsie, a émis des doutes sur les chances de succès de ce débat, auquel il dit ne pas avoir été officiellement invité. Il n’a cependant pas dit qu’il n’y prendrait pas part.
«On nous demande d’aller définir une voie de sortie de la crise burundaise avec des modèles sud-africain, angolais, où la solution a été la négociation, mais l’aspect génocidaire de la crise burundaise sur le modèle allemand ou rwandais est occulté», a expliqué M. Mukasi.
Un autre membre de l’UPRONA, parti censé soutenir le gouvernement du major Buyoya, a en outre affirmé que ce gouvernement avait en fait déjà engagé avec la rébellion hutue des négociations rejetées par une grande partie des Tutsis. Ce «débat national est destiné à convaincre les gens de la pertinence d’une négociation qui a déjà commencé à Saint Egidio en Italie», a-t-il affirmé.
Négociations avec
la rébellion
Ces négociations avec la rébellion sont l’une des conditions posées par les chefs d’Etat de la région pour lever l’embargo imposé au Burundi.
Le Parti pour le redressement national (PARENA), formation de l’ancien président tutsi Jean-Baptiste Bagaza, placé depuis lundi en résidence surveillée, a affirmé qu’il ne prendrait pas part au débat, auquel il préférerait une «conférence nationale» souveraine.
Pour M. Bagaza, le débat national est inutile. «Si on croyait que le débat national va aboutir à un véritable processus de paix, on y participerait mais on attend rien de ce débat de moi et moi», a ajouté un membre du bureau exécutif du PARENA.


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