«l’Union européenne est l’expression centrale de la volonté politique européenne. L’OTAN est la pierre angulaire de la défense de l’Europe. A la charnière de ces deux organisations, l’UEO est un instrument nécessaire au développement de l’identité européenne de sécurité et de défense», estime son secrétaire général, le Portugais José Cutileiro.
Sous présidence française jusqu’au 1er juillet, l’organisation créée en 1955, attend son heure, en poursuivant le renforcement de ses capacités opérationnelles et l’amélioration de son fonctionnement interne.
«Nous sommes en train de devenir une organisation à peu près normale», indique l’un de ses responsables, en faisant allusion à la «coquille vide» qu’a été depuis sa création l’UEO (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Italie, Espagne, Portugal, Grèce).
En dépit des 158 milliards de dollars consacrés chaque année par les 15 pays de l’UE à leur défense, l’ambition de la seule organisation européenne de défense n’est pas de rivaliser avec les grosses opérations menées par l’OTAN, comme celle effectuée par l’IFOR en 1996 en Bosnie avec 50.000 hommes.
Le créneau visé est plus modeste et va de la mission petite (3.000 hommes) à la moyenne (20.000 hommes). Avec des contraintes en matière d’indépendance d’action.
Dans le domaine du transport aérien à longue distance, l’UEO prévoit ainsi de conclure avec la Russie et l’Ukraine des accords-cadres pour la mise à disposition d’avions gros porteurs.
L’objectif est de ne pas être bloqué si la seule source actuelle - américaine - pour obtenir des avions de transport refusait de les fournir, précise-t-on de source diplomatique française, en reconnaissant que la perspective pour les Européens de se doter d’un avion militaire de transport reste à l’état de projet.
Autre contrainte, dans le domaine du renseignement satellitaire. «Nous n’avons pas de satellites et nous dépendons de fournisseurs», explique le directeur du centre d’interprétation satellitaire de l’UEO, basé à Torrejon (Espagne), le Français Bernard Molard.
Ce centre réalise des dossiers d’interprétation satellitaire sur demande des membres de l’UEO ou du Conseil de l’organisation. Il a recours aux images prises par la Russie, Spot 1 et 2 (France), Landsat 4 et 5 (Etats-Unis), ERS 1 et 2 (Europe), IRS 1-C (Inde), Radarsat (Canada), et par le satellite militaire Helios (France-Italie-Espagne).
Pour une indépendance totale, «le besoin opérationnel est l’acquisition de 3 satellites optiques, deux satellites radar et deux de télécommunications», précise M. Molard. Coût: environ 12,7 milliards de dollars. Qui est prêt à payer?.
En dépit de ces contraintes, de l’incertitude qui plane sur son avenir et qui est lié aux résultats de la conférence intergouvernementale sur la révision des institutions européennes, les membres de l’UEO veulent y croire. «L’UEO a un avenir car c’est la seule organisation européenne pouvant faire le lien entre l’UE et l’OTAN», fait valoir un diplomate britannique.
Au siège de l’état-major du Corps européen, à Strasbourg (France), un millier de militaires originaires des cinq pays membres (Allemagne, France, Belgique, Espagne, Luxembourg) évoquent d’éventuelles futures missions.
«Si la volonté de nos gouvernements est de nous envoyer en Bosnie» à la fin de la mission de la SFOR à la mi-98, «le Corps européen est prêt à prendre», indique son commandant, le général français Pierre Forterre.
Aujourd’hui, cette unité comprend 55.000 hommes. A partir de 1998, avec le renfort d’une division espagnole, elle en comptera 62.000 et sera «le corps le plus puissamment armé d’Europe occidentale», se félicite l’officier.


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