La 31e édition du Super Bowl, finale du championnat professionnel de football américain organisée cette année à la Nouvelle-Orléans, offre un visage inédit avec deux équipes qui ont impressionné en éliminant San Francisco et Pittsburgh.
Les Packers, équipe chérie de l’Amérique profonde, ont la faveur des pronostics — les bookmakers de Las Vegas les donnent vainqueurs par 14 points, soit deux touchdowns (essais) d’écart —, mais New England, tout content d’être parvenu au «Big Game» après un mauvais début de saison, n’aura rien à perdre.
Pour les Packers, dimanche marque un retour aux sources. Green Bay, ville de 200.000 habitants au bord du Lac Michigan, dans le Wisconsin, a écrit une des plus belles pages de l’histoire de la National Football League (NFL) en remportant en 1967 et 1968 les deux premières éditions du Super Bowl sous la houlette de son coach mythique Vince Lambardi, qui a donné son nom au trophée attribué chaque dernier dimanche de janvier.
Vingt-neuf ans plus tard, les Packers se sont taillé une réputation d’invincibilité dans leur stade de Lambeau Field où, par une température polaire, les stars de San Francisco, victorieux du Super Bowl en 1988 et 1989, sont venus se casser les dents en play-off (35-14) devant 60.000 «cheeseheads» — ainsi sont surnommés les supporters de Green Bay en raison de l’industrie laitière locale.
Fort de ce succès, Green Bay, toujours sur sa pelouse, s’est ouvert les portes d’un troisième Super Bowl en matant par 30-13, en finale de la Conférence nationale (NFC), les jeunes Carolina Panthers qui avaient fait sensation en éliminant les Dallas Cowboys, champions en titre et vainqueurs de trois des quatre derniers Super Bowls.
Meilleur joueur
de l’année
La charge de faire aussi bien que Vince Lambardi reviendra à Mike Holmgren, qui disputera son premier Super Bowl en tant que «head coach» mais a déjà une expérience de ce grand rendez-vous puisqu’il entraîna l’attaque de San Francisco lors des années glorieuses des 49ers.
Le déplacement en Louisiane ne devrait pas perturber le quarterback vedette des Packers, Brett Favre, 27 ans. Le stratège de Green Bay a grandi à Kiln, petite commune des bords du Mississipi à 95 kilomètres de la Nouvelle-Orléans, et n’a jamais perdu au Superdome — le stade couvert où aura lieu la finale — comme joueur universitaire ou comme professionnel lorsqu’il a affronté l’équipe locale, les New Orleans Saints.
Elu meilleur joueur de la saison pour la deuxième saison consécutive, exploit que n’avait réussi que le légendaire Joe Montana de San Francisco, Favre, auteur en saison régulière de 39 passes de touchdown — la troisième meilleure performance en NFL — sera l’atout maître de Green Bay à l’attaque.
Le receveur Don Beebe, 32 ans, dont huit de NFL, aura aussi à cœur de gagner après quatre finales perdues avec Buffalo en 1991-92-93-94. Ce triste souvenir en fera dimanche le joueur le plus expérimenté sur le terrain.
Malédiction
New England voudra aussi oublier une expérience malheureuse. Pour leur unique Super Bowl, en 1986 à la Nouvelle-Orléans déjà, les Patriots avaient été dévorés 46-10 par les Chicago Bears, avec au passage deux records humiliants — sept «sacks» pour leur quarterback et sept yards de course seulement pour les running hacks. Leur bourreau d’alors, Jim McMahon, est aujourd’hui la doublure de Brett Favre à Green Bay.
Onze ans plus tard, personne n’attendait les «Pats» au Superdome. Mais après une défaite à ses deux premiers matches de la saison, l’équipe a opéré une impressionnante remontée qui a culminé en play-off avec une démonstration (28-3) dans son antre de Foxboro, près de Boston, face aux Pittsburgh Steelers, finalistes malheureux l’an dernier face à Dallas.
La finale de la Conférence américaine face aux Jacksonville Jaguars a été plus laborieuse, en dépit d’un score trompeur de 20-6 dû largement aux erreurs de l’adversaire, mais il reste que la défense de New England n’a pas encaissé un seul touchdown en post-saison. De plus, l’entraîneur Bill Parcells a déjà l’expérience de deux Super Bowl gagnés à la tête des New York Giants en 1987 et 1991, et une nouvelle victoire ferait de lui le premier coach de l’histoire de la NFL à remporter des titres avec deux équipes différentes.
Le point faible pourrait être l’attaque. A 24 ans, Drew Bledsoe est un quarterback talentueux mais inexpérimenté que compte manger tout cru Reggie White, la terreur de la défense de Green Ray qui sera archi-motivé par un premier Super Bowl en douze ans de NFL. S’il parvient à résister aux assauts de White, Bledsoe pourra compter sur son coureur vedette Curtis Martin et sur le receveur Terry Glenn, meilleur «rookie» (débutant) de la saison avec 90 réceptions pour 1.132 yards et six touchdowns.
New England se souviendra aussi que, lors de dernier match avec Green Bay le 2 octobre 1994, les «Pats» l’avaient emporté par 17-16 à la faveur d’un coup de pied à trois points (field kick) de 33 yards à quatre secondes de la fin du match.
Restent les chiffres, ou la malédiction. Le représentant de la Conférence américaine a perdu les douze dernières éditions du Super Bowl face au vainqueur de l’autre moitié du championnat et la Conférence nationale passe pour avoir un niveau de jeu supérieur. Voilà peut-être le principal défi qu’auront à relever les «underdogs» de Boston dimanche à partir de 23h18 GMT.

