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Actualités - Analyse

Les dépenses publiques augmentent au détriment de l'activité économique

A la lumière de la dernière publication du bulletin de la Banque centrale, il apparaît à travers l’indicateur synthétique, baromètre de l’économie libanaise établi par la BDL, un tassement de l’activité économique depuis trois à quatre mois. Néanmoins, le taux de croissance moyen pour 96, d’environ 3 à 4%, reste très positif, en comparaison avec les pays occidentaux. Si l’activité est ralentie, il ne faut pas voir pour autant une récession. La relance, elle, doit être opérée essentiellement grâce à une baisse des taux d’intérêt. Le gros handicap reste les grosses dépenses de l’Etat et surtout les débordements budgétaires encore mal contrôlés.
Il faut rappeler que l’indicateur synthétique de la Banque du Liban a pour référence 100 points pour janvier 93. En novembre 96, ce même paramètre a affiché 171,1 après avoir connu une pointe à 182,1 en août 96. Une telle évolution de l’activié économique au Liban est donc globalement positive et reste le signe net du redressement du pays, même si l’aspect socio-économique a été quasi oublié durant les quatre dernières années. Sans insister sur la formidable croissance d’après guerre, en 1993, les Libanais se sont habitués à un essor, ces dernières années, de 7 à 8% par an. Il est donc évident que 3 ou 4% équivalent à un ralentissement, mais aussi peut-être à une normalisation de l’activité économique libanaise, par rapport à la situation mondiale.

Les facteurs
de tassement

Selon différents spécialistes, plusieurs facteurs ont engendré le tassement des derniers mois. Le premier est simplement d’ordre cyclique; un mouvement rectificatif de l’essor économique est toujours enregistré après une forte croissance. La situation régionale, et particulièrement le piétinement du processus de paix, est sans doute aussi déterminante. Enfin, la baisse du pouvoir d’achat qui se poursuit chez la plupart des Libanais implique une baisse de la consommation préjudiciable au commerce.
Par ailleurs, depuis un certain temps, tous les experts ont engagé les industriels et les commerçants libanais à rejoindre, du point de vue des normes, la communauté internationale des affaires. Si cette étape semble effectivement nécessaire, il n’en est pas moins vrai qu’elle exige une restructuration, parfois en profondeur, des entreprises libanaises. Aujourd’hui, donc, les chefs d’entreprises tirent leurs sociétés vers le haut, vers la démarginalisation; ces mêmes entrepreneurs quittent leur marché atypique du temps de la guerre, pour se tourner vers les nouveaux marchés mondiaux et régionaux... d’après la paix. Ceci implique deux charges majeures: la première, l’investissement et son financement; la deuxième réside dans l’attente d’une ouverture réelle des nouveaux marchés; d’où un ralentissement global du volume des ventes.
Il faut sans doute souhaiter que la paix dans la région ne vienne pas trop tard; c’est à dire après une récession et une crise macro-économique grave qui pourrait alors toucher le Liban, y compris le secteur bancaire. Mais pour autant, le facteur déterminant reste la capacité qu’ont les entreprises libanaises à investir. Les fonds propres, tout un chacun le sait, sont solides chez les industriels et les commerçants libanais, ou du moins leur surface hypothécaire. La clé de voûte est donc au niveau des crédits disponibles. La question des volumes des ressources semble résolue, mais celle des taux d’intérêt stagne. La volonté de la Banque centrale est très nette en la matière et les dernières dispositions, baisse des taux et encouragement du marché financier et de la Bourse de Beyrouth, en témoignent. Il est par ailleurs certain que ces mêmes taux, surtout ceux pratiqués sur la livre libanaise, ne peuvent s’affaisser brutalement; il reste que le principal obstacle réside dans le volume de la dette interne qui doit être encore supportée par un volume très important de bons du Trésor.

Une dette interne
exponentielle

La dette publique totale nette a augmenté de 292,5 milliards de livres libanaises en novembre pour atteindre 15604,3 milliards. L’accroissement de la dette provient principalement de la hausse de la dette interne nette. Le déficit budgétaire a été essentiellement renfloué par l’accroissement des souscriptions aux bons du Trésor, tant par le secteur bancaire que par le secteur non bancaire.
Le montant de la dette externe a, lui, augmenté de 43,6 millions de dollars, par rapport au mois d’octobre et atteint, à la suite des derniers emprunts contractés, quelque 1.702,3 millions de dollars; ceci étant, de l’avis d’experts étrangers, un niveau raisonnable pour le Liban. Le pays du cèdre n’est donc pas dans la situation de nombreux pays en voie de développement qui connaissent un endettement trop important par rapport au rendement de leur économie. Toutefois, un réel danger menace tous les agents économiques du pays, gros ou petits: le montant de la dette interne qui, si elle devait devenir trop insupportable, pourrait engendrer, à long terme, par exemple, une dévaluation de la monnaie.
L’Etat s’endette essentiellement pour le paiement des salaires de ses fonctionnaires et le service de la présidence du conseil: ces postes représentent plusieurs centaines de milliards de livres libanaises par mois. Parmi les chiffres publiés dans le bulletin mensuel de la BDL, retiennent l’attention ceux de la dette publique. Le montant total de la dette publique est, au 30/11/96, de 15.604,3 milliards de livres libanaises, contre 5.000 milliards environ en décembre 93. En outre l’augmentation du total de la dette, par rapport à décembre 95, est de 37%. La dette interne se répartit pour 0,6% au compte de la Banque du Liban, 72,3% au compte des banques commerciales et pour 27,1% aux comptes individuels. Notons que le gros montant de la dette interne est constitué par les souscriptions aux bons du Trésor émis en livre libanaise qui représentent 95% des encours. Le taux attractif de rémunération et le peu de risque de ce placement, notamment vis-à-vis de l’inflation semblent contribuer largement à cette évolution. Par contre, le financement du déficit budgétaire par une augmentation exponentielle du volume des bons du Trésor ne peut se traduire que par le maintien d’un taux de rémunération particulièrement attractif. Dans ces conditions, le niveau élevé de l’ensemble des taux d’intérêt risque fort de se perpétuer au dépens manifeste du secteur productif. Les secteurs économiques, notamment, primaire et secondaire, seront particulièrement touchés en raison des investissements lourds auxquels ils doivent faire face pour exister. Pour autant, ces domaines sont créateurs d’emplois et sont aussi garants d’un certain équilibre socio-économique.
Par ailleurs, la politique gouvernementale n’est pas suffissamment développée sur le plan social. L’essor du peuple libanais dépend donc uniquement de son propre travail et il est important de lui fournir le financement de son outil. Dans ces conditions, la gestion des dépenses de l’Etat et surtout son financement ne risquent-ils pas de handicaper lourdement la chance d’une relance économique?

Gérard de HAUTEVILLE
A la lumière de la dernière publication du bulletin de la Banque centrale, il apparaît à travers l’indicateur synthétique, baromètre de l’économie libanaise établi par la BDL, un tassement de l’activité économique depuis trois à quatre mois. Néanmoins, le taux de croissance moyen pour 96, d’environ 3 à 4%, reste très positif, en comparaison avec les pays occidentaux. Si l’activité est ralentie, il ne faut pas voir pour autant une récession. La relance, elle, doit être opérée essentiellement grâce à une baisse des taux d’intérêt. Le gros handicap reste les grosses dépenses de l’Etat et surtout les débordements budgétaires encore mal contrôlés.Il faut rappeler que l’indicateur synthétique de la Banque du Liban a pour référence 100 points pour janvier 93. En novembre 96, ce même paramètre a...