Ce sont en effet à 90% des femmes qui passent des annonces. Et souvent d’âge mûr, car les rubriques matrimoniales sont aussi un héritage des longues années de guerre qui ont laissé sans hommes un grand nombre de jeunes femmes de l’époque.
«Femme de 42 ans, 1,62 mètre, peau claire, cheveux longs, franche et ouverte. Je cherche un mari qui ait un emploi stable». L’annonce passée par un large éventail de femmes allant de la paysanne à l’intellectuelle est rarement sentimentale.
Dans l’ordre, les femmes accordent la priorité au métier (stable) au diplôme (universitaire) à la taille (au moins 1,68 mètre) aux respect des valeurs (fidélité) et à la santé. Au pire, elles acceptent les veufs ou divorcés, surtout s’ils n’ont pas d’enfants à charge.
Lancée par le journal de la jeunesse «Thanh Niên» au début des années 90, les annonces matrimoniales apparaissent aujourd’hui dans les colonnes des grands journaux comme ceux des femmes, de l’union des syndicats, et même du quotidien de l’armée.
«Beaucoup de femmes ont recours à nous pour tenter de se marier car elles sont trop occupées par leur emploi ou leurs études dans un contexte de plus en plus concurrentiel avec l’économie de marché», explique Mme Kim Khanh chargée de la rubrique matrimoniale du journal des syndicats «Lao Dong».
Vivant dans un pays qui s’ouvre sur l’extérieur, les femmes d’aujourd’hui sont plus cultivées et donc plus «courageuses et actives» dans la recherche de l’homme de leur vie, confie-t-elle, en rappelant l’attitude de grande timidité que la morale féodale millénaire exigeait d’elles auparavant.
En outre la pratique des mariages arrangés ne subsiste plus guère que dans les campagnes.
Une majorité de divorcées
Toutes les annonces matrimoniales, publiées gratuitement par la presse qui fait ainsi œuvre de salut public, sont anonymes et simplement numérotées. C’est seulement après avoir présenté au journal une pièce d’identité et un certificat prouvant qu’ils sont toujours célibataires que les hommes intéressés peuvent obtenir les coordonnées d’une femme.
«Notre rubrique rencontre un énorme succès dans tous les coins du pays et nous allons célébrer le 100e mariage parmi les 7.000 personnes ayant correspondu par voie de petites annonces», ajoute Mme Kim Khanh.
De son côté, le journal des femmes «Phu Nu» publie depuis 1995 quelque 200 annonces par an, dont 30% aboutissent à un mariage, seule finalité d’une telle démarche, puisqu’il n’est pas question de rechercher une aventure amoureuse.
Une majorité de femmes passant une annonce dans ce journal sont des divorcées — dont le nombre ne cesse de croître avec la libération des mœurs — ou des femmes ayant été mobilisées pendant la guerre du Vietnam dans les forces des «jeunesses de choc».
Des centaines de milliers d’entre elles ont en effet perdu leur jeunesse pendant les années de conflit et ont «laissé passer» la chance de se marier, dans un pays où les jeunes filles convolent entre 22 et 25 ans. Elles ont ensuite dû mener des vies solitaires alors que de nombreux hommes de leur âge avaient été tués au combat.
«Notre premier but est d’aider ces femmes désavantagées — en majorité âgées de 40 à 50 ans — à trouver du bonheur dans leur vie privée», affirme Mme Nguyên Thi Phuong, responsable des annonces matrimoniales de l’hebdomadaire «Phu Nu».
«Le problème des femmes esseulées est très sensible, estime Pham Thi Hoàn, sociologue de l’institut des sciences sociales de Hanoï, et il existera encore longtemps au Vietnam».

