«C’est de notoriété publique: les seconds mandats sont sujets aux catastrophes», écrivait récemment le journaliste David Remnick dans le magazine New Yorker.
Des trois présidents républicains réélus depuis la Seconde Guerre mondiale (Eisenhower, Nixon, Reagan) et des deux vice-présidents démocrates (Truman et Johnson) appelés à terminer le mandat de leur prédécesseur décédé avant d’être élus à leur tour, aucun n’a eu la vie facile.
Richard Nixon a dû démissionner à cause du scandale Watergate et Ronald Reagan a été éclaboussé par l’affaire de l’aide illégale aux «contras» nicaraguayens.
Chez les démocrates, Harry Truman a été affaibli par la guerre de Corée et la vague maccarthyste, Lyndon Johnson par le Vietnam et la lutte pour les droits civiques. Trop impopulaires ils ne se sont pas représentés.
Même Dwight Eisenhower, le héros de la Seconde Guerre mondiale, a connu une fin de règne douce-amère.
A peine réélu, il est confronté en 1957 aux émeutes de Little Rock (Arkansas) sur l’intégration raciale des écoles du Sud. Peu après, les Soviétiques lancent le premier Spoutnik dans l’espace et Cuba tombe aux mains des castristes, deux thèmes que ses adversaires saisiront pour dénoncer une Amérique endormie, dépassée par ses ennemis.
Un canard boiteux
Pourtant, les réélections sont souvent des plébiscites: Eisenhower en 1956, Nixon en 1972 et Reagan en 1984.
Aussitôt réélu, le président devient selon l’expression consacrée, un «canard boiteux». Empêché par la Constitution de solliciter un 3e mandat, il perd automatiquement une partie de son pouvoir d’influence sur le Congrès et même sur son parti.
Les démissions, provoquées par des accidents de parcours ou le désir de retourner dans le secteur privé, se multiplient autour de lui. Des collaborateurs dévoués sont remplacés par des novices.
Lors de son second mandat, Reagan était «servi en majorité par des étrangers qui le connaissaient peu ou se souciaient peu de lui», note son directeur de campagne Ed Rollins.
Sous Nixon et Reagan les scandales ont dominé le second mandat. «Quand l’affaire Iran-contra a explosé, l’administration Reagan a été stoppée net. Pendant plus d’un an, les pendules se sont arrêtées», raconte l’ancien conseiller Martin Anderson.
Soutenu par une économie vigoureuse, Reagan a survécu. Il a fait voter une vaste réforme fiscale et conclu avec Mikhaïl Gorbatchev le traité INF sur les missiles nucléaires de moyenne portée.

