LE CAIRE, 19 Janvier (AFP). — Le régime militaro-islamiste de Khartoum se retrouve totalement isolé internationalement face à la plus importante offensive militaire de l’opposition soutenue par l’Ethiopie et l’Erythrée.
«Mouton noir» de la communauté internationale qui l’accuse de parrainer le terrorisme, ses plaintes auprès de l’ONU, de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et même de la Ligue arabe sont restées sans réponse.
Le président en exercice du Conseil de Sécurité de l’ONU, M. Hisashi Owada, a indiqué mercredi que cette instance avait jugé qu’elle ne disposait pas «d’informations suffisantes» pour traiter des plaintes du Soudan contre Asmara et Addis-Abeba, malgré les demandes pressantes de Khartoum.
Selon des diplomates occidentaux ayant requis l’anonymat, la délégation américaine qui est en pointe pour imposer des sanctions contre le Soudan, a estimé lors de consultations à huis clos que les attaques de l’opposition soudanaise devraient être traitées au niveau régional.
L’OUA non plus n’a pas dit un mot, et même la Ligue arabe est restée muette en dépit de la venue jeudi au Caire du ministre d’Etat soudanais aux Affaires étrangères, Moustafa Osmane Ismaïl, qui a rencontré son secrétaire général Esmat Abdel Méguid.
M. Ismaïl a insisté auprès de la Ligue sur le caractère «arabe et islamique» du régime de Khartoum, face à la guérilla sudiste, l’Erythrée et l’Ethiopie étant des pays non arabes et dirigés par des chrétiens.
M. Abdel Méguid n’a fait aucune déclaration et n’a même pas rappelé la position traditionnelle de la Ligue sur le «caractère sacré de la terre arabe qui ne peut être démantelée».
Réunion du Conseil de Sécurité
Même l’Egypte qui est fortement opposée à tout démembrement du Soudan, est restée très discrète. Le président Hosni Moubarak a certes reçu jeudi le vice-président soudanais Al-Zubaïr Mohammad Saleh, mais la presse n’a pas été autorisée à couvrir l’événement et aucun responsable égyptien n’a fait de déclarations, contrairement à la coutume.
Seuls l’Irak et le Yémen ont apporté leur appui au Soudan.
Mais pour Khartoum, le pire pourrait arriver le 22 janvier, lorsque le Conseil de Sécurité discutera de la date éventuelle d’entrée en vigueur d’un embargo interdisant les vols extérieurs de la compagnie Sudan Airways.
Le Conseil avait décidé en août 1996 le principe d’un embargo sur les vols internationaux de la compagnie nationale Sudan Airways et d’autres compagnies dans lesquelles le gouvernement soudanais aurait des intérêts, pour son refus de livrer trois intégristes égyptiens accusés d’implication dans la tentative d’assassinat du président Moubarak à Addis-Abeba en 1995.
Aux termes d’une résolution adoptée en août, le Conseil devait décider avant la mi-novembre la date d’entrée en vigueur de l’embargo aérien. Mais il avait reporté toute discussion sur l’éventuelle imposition d’un tel embargo.
Isolé sur le plan international, le régime de Khartoum fait face au plus grand défi que lui a lancé l’opposition unifiée, depuis l’arrivée au pouvoir du général Omar al-Béchir en 1989.
L’armée soudanaise doit à tout prix empêcher les forces de l’opposition de s’emparer de l’important complexe hydro-électrique de Damazin près du barrage de Roseires, dans l’Etat du Nil Bleu, car cela priverait Khartoum de courant et assombrirait sérieusement l’avenir du régime.


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