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Actualités - Chronologie

Le Crédit-solidarité : une solution d'envergure pour le financement des micro-entreprises (photo)

La mondialisation de l’économie de marché n’est plus à prouver et ses conséquences sont légion. Pour autant, en économie comme en physique, chaque mouvement dans une direction engendre des forces de résistance. Ainsi, de plus en plus, les exclus de cette mondialisation à outrance s’organisent pour éviter la marginalisation de populations entières. Ce phénomène ne touche pas uniquement les pays les plus pauvres, tel le Bangladesh ou l’Amérique Latine, mais aussi les Etats-Unis où un mouvement important est né: celui du «Crédit-solidarité» (Peer-lending). Une idée lancée au Liban par M. Nicolas Chammas, auteur d’ouvrages à propos de l’économie libanaise.
Le nerf de l’économie étant les moyens de finacement, plusieurs associations à travers le monde se sont adressées aux plus démunis de la planète pour financer leurs projets économiques. Aujourd’hui, véritable phénomène de société, le financement des micro-entreprises (taxi, garçon coiffeur, petit artisanat) est devenu l’apanage de nombre d’économistes qui, eux, n’ont rien de marginal. L’enjeu est, en effet, sécuritaire; tant il est vrai que la déchirure d’un tissu socio-économique est indubitablement accompagnée de troubles graves, bien sûr dans les pays les plus démunis, mais aussi au sein des sociétés industrialisées. Avec la politique des responsables libanais, le Liban est peut-être concerné tout particulièrement par la lutte contre l’exclusion d’une partie importante de la population. La situation d’après-guerre ayant favorisé le chômage qu’il soit visible ou déguisé. Dans ce contexte, la micro-entreprise, phénomène du secteur informel de l’économie (exploitation relevant d’un individu et n’étant pas inscrite dans le cadre légal des entreprises), est sans doute un palliatif non négligeable voire un pilier à développer.
Toutefois, résoudre le problème du financement des petites entreprises libanaises n’est pas simple. Des esquisses de solutions ont été mises en place par certaines associations caritatives, mais l’idée du «crédit-solidarité», utilisée avec succès dans divers pays en voie de développement, ainsi que dans certaines zones fragiles de pays comme les USA, pourraient apporter des solutions d’une autre envergure.

La solution du
«crédit-solidarité»

L’une des difficultés majeures auxquelles font face les PME libanaises est l’accès au financement. Le système bancaire s’est jusqu’ici montré partial dans l’octroi des crédits: en 1993, 88% des bénéficiaires ont obtenu moins de 20% des encours. Par ailleurs, les plus petits bénéficiaires, lorsqu’ils accédent aux crédits, supportent souvent des taux d’intérêt très élevés et pénalisant pour leur exploitation, outil de leur survie. «L’évolution du paysage économique a impliqué, selon M. Chammas, la disparition de 10% des unités industrielles en 1995, du pays qui, par manque de financement, qui par manque d’adaptation».

Pour M. Nicolas Chammas, «C’est pour atténuer, voire prévenir, des retombées d’une telle atrophie socio-économique qu’a été mis en œuvre le concept du «crédit-solidarité». Premier du genre, le programme «Accion» a été lancé à partir des Etats-Unis vers une quinzaine de pays d’Amérique latine pour y octroyer des crédits aux agents économiques les plus précaires: femmes actives, paysans démunis et autres petits artisans.
Les caractéristiques essentielles de ce programme, ainsi que de ceux qui l’ont suivi à travers le monde dans les années 90, sont les suivantes: petits crédits (de 500 à 5000$) accordés à des emprunteurs généralement exclus du circuit banciare, ces prêts sont distribués dans le cadre d’un «groupe solidaire», où la responsabilité du remboursement du crédit est collective. Typiquement, un tel groupe comprend cinq à dix agents économiques résidant dans une même localité, mais n’excerçant pas forcément la même activité.
L’aspect le plus audacieux du programme réside dans le fait qu’aucun membre du groupe ne peut accéder à un nouveau crédit si tous les autres n’ont respecté leur échéancier. Par conséquent, l’intérêt du groupe est de prévenir tout incident de paiement. Par ailleurs, la volonté de chacun de mener à bout son entreprise ne fait aucun doute. Seule la pression de la communauté fait office de garantie et aucune garantie réelle, ni caution expresse n’est demandée. Le taux d’impayé à ce jour reste très bas et de l’ordre de 4% sur quelque 100.000 crédits déjà accordés, alors que 60% des projets réussissent et se développent: une sur trois des micro-entreprises ainsi soutenues sont créatrices d’un emploi. M. Chammas souligne: «Ce phénomène existe même dans des localités telle Boston où, selon la presse, plusieurs de ces organisations de «crédit-solidiare» ont parfaitement réussi le pari de transposer le modèle de démocratisation du capitalisme, des pays du tiers monde vers le cœur même du capitalisme: les USA».
Formées en tant qu’associations à but non lucratif, ces organisations s’emploient à lever des fonds auprès de fondations, d’associations caritatives, mais aussi des banques. Ces fonds sont alors prêtés à des taux préférentiels. Les établissements financiers qui participent à ces opérations ont des retombées positives de clientèles nouvelles et avisées. Il faut noter que l’intérêt du programme, pour ces petits entrepreneurs, ne se limite pas au financement, puisqu’ils bénéficient également de l’assistance technique et comptable qui fait partie intégrante du programme, M. Chammas propose ce qui suit: «Plus audacieuse que la mise en place d’un Institut de garantie des risques commerciaux des PME, une entité étatique ou une société mixte de «crédit-solidarité» serait importante dans un Liban qui a soif d’une économie sociale de marché. Ceci contribuerait, en effet, à concilier efficacité économique et justice sociale».

Gérard de HAUTEVILLE
La mondialisation de l’économie de marché n’est plus à prouver et ses conséquences sont légion. Pour autant, en économie comme en physique, chaque mouvement dans une direction engendre des forces de résistance. Ainsi, de plus en plus, les exclus de cette mondialisation à outrance s’organisent pour éviter la marginalisation de populations entières. Ce phénomène ne touche pas uniquement les pays les plus pauvres, tel le Bangladesh ou l’Amérique Latine, mais aussi les Etats-Unis où un mouvement important est né: celui du «Crédit-solidarité» (Peer-lending). Une idée lancée au Liban par M. Nicolas Chammas, auteur d’ouvrages à propos de l’économie libanaise.Le nerf de l’économie étant les moyens de finacement, plusieurs associations à travers le monde se sont adressées aux plus démunis de la planète...