Des soldats de l'armée libanaise déployés dans la localité de Zaoutar el-Gharbiyé, au Liban-Sud, le 24 juillet 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
La question du cessez-le-feu entre le Liban et Israël continue de faire des remous au sein de la classe politique libanaise. Si le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, a appelé à traiter la question des armes du Hezbollah avant tout, le parti chiite, lui, campe sur ses positions, dénonçant « l'échec » de l'accord-cadre entre le Liban et l'Etat hébreu, signé fin juin à Washington.
Samir Geagea a mis en garde contre le risque de « réduire la crise libanaise à de simples revendications de cessez-le-feu et de retrait israélien, aussi importantes soient-elles ». Il a soutenu que « les racines de la crise résident dans l'existence d'un État parallèle au sein de l'État, qui prend des décisions stratégiques et entraîne le Liban dans des guerres ». Il a souligné qu'« une véritable solution commence par la dissolution de toutes les armes illégales et leur remise à l'armée libanaise ». « Nous pouvons conclure autant d'accords de cessez-le-feu que nous le souhaitons et obtenir le retrait des Israéliens du Liban, mais si la cause profonde demeure inchangée, nous nous retrouverons face au même problème dans un mois, six mois, un an ou deux ans. Et c'est précisément ce qui s'est produit. », a-t-il lancé, lors du dîner annuel de la Radio Liban libre, mardi soir.
Il a souligné que « le précédent accord de cessez-le-feu (du 27 novembre 2024) avait entraîné le retrait israélien, à l'exception de cinq points. Cependant, le fait de « ne pas s'attaquer à la racine du problème », a-t-il expliqué, a conduit à une escalade, et ces cinq points « sont désormais devenus cinquante. » M. Geagea a évoqué « la souffrance des populations du Sud et des personnes déplacées qui ont perdu leurs maisons et leurs moyens de subsistance », soulignant qu'elles sont « les plus touchées par la guerre ». Toutefois, il a insisté sur « la nécessité de ne pas oublier les millions de Libanais vivant dans d'autres régions qui paient eux aussi le prix de décisions et de guerres qu'ils n'ont pas choisies ».
Un accord-cadre a été conclu le 26 juin entre Israël et le Liban, sous l'égide des Etats-Unis, en vue de mettre fin à la guerre entre les deux pays. Son application prévoit notamment la mise en place de « zones pilotes » dans le sud du Liban, où le désarmement du Hezbollah doit constituer un test avant un retrait progressif des forces israéliennes d'autres secteurs.
Le mouvement chiite, qui avait entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l'Iran, rejette cet accord et refuse de déposer les armes.
« Echec » de l'accord-cadre
Du côté du Hezbollah, le député Ali Mokdad, a estimé mercredi, dans un entretien accordé à la radio russe Sputnik, que « la première phase de l'accord-cadre a échoué ». « Le Hezbollah exige un retrait complet du territoire libanais, sans aucun redéploiement (de l'armée israélienne) », a-t-il souligné, ajoutant que « le Hezbollah compte toujours sur l'accord d'Islamabad pour contraindre Israël à se retirer du Liban-Sud ». M. Mokdad a critiqué « la propagande entourant le retrait de zones qui n'ont jamais été occupées, ainsi que le non-respect du cessez-le-feu par la partie israélienne et le déplacement continu des habitants des villages du Sud ». Il a ajouté que « le parti compte sur la sagesse du commandant de l'armée libanaise », et a insisté sur le fait que « le commandement de l'armée restera un commandement national et que l'armée ne s'engagera dans aucune confrontation avec la population du Sud ni avec la résistance » du parti chiite.
Le député du Hezbollah Hassan Ezzeddine, a pour sa part déclaré que « l'accord-cadre, fruit de négociations directes avec l'ennemi israélien, a engendré une division profonde au sein de la population libanaise, menaçant la paix civile, la sécurité et la stabilité », lors d'une cérémonie commémorative organisée en hommage aux victimes de la localité de Bafliyeh, au Liban-Sud.
Le Courant patriotique libre (CPL), qui a longtemps été un allié du Hezbollah, a estimé pour sa part, par la voix du député Assaad Dergham, que « tout accord-cadre devrait comporter un calendrier clair pour le retrait israélien, des mécanismes précis de mise en œuvre et de financement, et répondre aux aspirations du peuple libanais ». « La position du (CPL) n'est ni pour ni contre un quelconque accord, mais plutôt en faveur de la souveraineté du Liban », a déclaré le député, ajoutant que « c'est dans les actes que l'on juge, et non dans les paroles ».
M. Dergham a insisté sur le fait que « la souveraineté de l'État est fondamentale, et la présence d'armes en dehors du cadre de l'État libanais est inacceptable ». Il a affirmé que « l'établissement d'un État fort commence par le fait de confier la décision de guerre, de paix et d'armement à ses institutions légitimes ».



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