Le président libanais, Joseph Aoun, recevant le ministre de l'Information, Paul Morcos, le 14 avril 2026 à Baabda. Photo ANI
Alors que les pourparlers entre les Liban et Israël débutaient à Washington, sous le parrainage du secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, le président de la République Joseph Aoun a dit espérer que les négociations marqueront « le début de la fin » de la souffrance des Libanais.
« J'espère que la réunion à Washington (...) sera le début de la fin de la souffrance des Libanais en général et des habitants du sud en particulier », a déclaré le président libanais dans un communiqué, peu avant le début des premiers pourparlers directs entre Israël et le Liban depuis le début de la guerre le 2 mars. « La stabilité ne sera pas rétablie dans le sud (du Liban) si Israël continue d'y occuper des territoires », a-t-il dit, ajoutant : « la seule solution est que l'armée libanaise se déploie à nouveau jusqu'aux frontières reconnues par la communauté internationale et soit la seule responsable pour la sécurité de la zone et de ses habitants sans partenariat avec quiconque ».
Selon les informations de LBCI, M. Aoun a contacté l’ambassadrice du Liban à Washington avant le début des négociations. Il a réitéré ses instructions, notamment concernant la position du Liban, qui insiste sur la nécessité de parvenir à un cessez-le-feu.
Soutien à l'initiative de négociations
Toute cette journée de mardi, les réactions de soutien à l'initiative du chef de l'Etat, Joseph Aoun, de lancer des négociations directes avec Israël, se sont succédé. Dix-sept pays, dont la France et le Royaume-Uni, ont notamment appelé mardi le Liban et Israël à « saisir l'opportunité » des pourparlers de paix directs qui doivent se dérouler à Washington sous médiation américaine. « Nous saluons l'initiative du président (libanais Joseph) Aoun d'ouvrir des négociations directes avec Israël et le fait qu'Israël ait accepté d'entamer ces négociations sous la médiation des Etats-Unis. Nous appelons les deux parties à saisir cette opportunité », ont écrit ces dix-sept pays dans un communiqué commun. Outre la France et le Royaume-Uni, les autres pays signataires sont l'Australie, la Belgique, la Croatie, Chypre, le Danemark, la Finlande, la Grèce, l'Islande, le Luxembourg, Malte, la Norvège, le Portugal, la Slovénie, l'Espagne et la Suède.
Les encouragements sont également venus des visiteurs du palais de Baabda. Le ministre libanais de l'Information, Paul Morcos, a assuré que la « solution » au conflit qui touche le Liban depuis le 2 mars « réside dans la négociation sous l'égide internationale, et la guerre ne fera qu'aggraver les destructions au Liban ». « Nous nous dirigeons vers la solution proposée précédemment par le président Joseph Aoun », a déclaré M. Morcos, en allusion aux efforts de Joseph Aoun pour lancer des discussions avec l'Etat hébreu à Washington, dans le cadre desquelles une première réunion préparatoire est prévue mardi soir. « Les efforts du président Aoun sont clairement axés sur la demande, l'insistance et la pression en faveur d'un cessez-le-feu et de la fin de la guerre, et nous agissons dans le cadre de cette initiative présidentielle », a souligné Paul Morcos. Il a par ailleurs déclaré avoir informé le chef de l'Etat « des actions entreprises par le ministère des Affaires étrangères et les instances internationales pour lutter contre les attaques israéliennes contre les journalistes » au Liban. « Nous avons rencontré des responsables internationaux et des ambassadeurs européens et leur avons remis des notes de protestation afin d'assurer la protection des journalistes dans l'exercice de leurs fonctions », a-t-il ajouté, deux semaines après la frappe israélienne ayant ciblé et tué trois journalistes à Jezzine, au Liban-Sud, dont le reporter d'al-Manar Ali Choeib.
« Mettre fin à la guerre »
À l'issue d'une rencontre avec le président au palais de Baabda, le député Michel Moawad a de son côté estimé que « le Liban a une réelle opportunité de mettre fin à la guerre ». « C'est le seul moyen pour l'État de recouvrer sa pleine souveraineté sur l'ensemble de son territoire », a-t-il ajouté. « Nous soutenons la décision de l'État de faire de cette guerre la dernière et de faire d'elle le début d'un avenir de paix, de stabilité et de prospérité. Nous affirmons notre soutien à la décision de l'État de mettre en œuvre le principe d'un Beyrouth démilitarisé comme première étape, conformément aux décisions prises par le gouvernement les 5 et 7 août et le 2 mars, ouvrant la voie à un Liban exempt d'armes illégales, où seules les armes légitimes seront entre les mains de l'État, seul garant de la protection du peuple libanais », a insisté le député.
Il a par ailleurs estimé que « des négociations directes avec Israël ne constituent pas une capitulation, mais bien une responsabilité, un acte de courage et un choix national ». « Si tel était le cas, d’autres régimes, comme le régime iranien, n’auraient pas eu recours à la négociation pour défendre leurs intérêts, tandis que le Liban est privé de son droit de négocier pour se sauver de la destruction et de l’effondrement », a déclaré Michel Moawad. « Nous affirmons notre soutien au président de la République et à l’État. Entre l’État et les milices, notre choix se porte sur l’État ; entre la guerre et la paix, notre choix est la paix ; entre la stabilité et les conflits, notre choix est la stabilité ; et entre le Liban et tout autre pays ou axe, notre choix a toujours été et restera le Liban », a-t-il conlu.
Le député du Parti socialiste progressiste (PSP) Akram Chehayeb, a également affiché son soutien avec le président Joseph Aoun, lors d'une visite au palais de Baabda, insistant sur « l’importance de la voie diplomatique pour mettre fin aux combats et instaurer le monopole de l'État sur les armes ». « Nous soutenons la position du président Aoun concernant des négociations directes dans un cadre précis, comme indiqué dans l’initiative présidentielle », a-t-il ajouté. Il a également insisté sur « la nécessité de renforcer la présence sécuritaire et de soutenir l’armée afin de consolider la stabilité et la sécurité du pays », soulignant également « l’importance d’apporter un soutien permanent aux personnes déplacées, conformément au mécanisme mis en place par le gouvernement »
Responsables de l'ONU
Joseph Aoun a en outre reçu la coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, pour une réunion consacrée à la situation dans le pays et à la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban, selon un communiqué de Baabda.
Il a également reçu le haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Barham Saleh, devant lequel il a affirmé que « même après un cessez-le-feu, les conséquences du déplacement de population seront importantes », ce qui nécessite « des aides urgentes » pour Beyrouth. « Les attaques israéliennes contre le Liban ont provoqué une grave catastrophe humanitaire, entraînant le déplacement de plus d’un million de Libanais des zones ciblées », a rappelé M. Aoun. De son côté, M. Saleh, également ancien président de l'Irak, a affirmé être venu au Liban pour transmettre un « message de solidarité ». « Nous avons confirmé le soutien de la communauté internationale et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés au Liban, ainsi que notre partenariat avec le gouvernement pour aider les déplacés », a-t-il souligné, affirmant que si « l’aide humanitaire est essentielle, la solution fondamentale reste la fin de la guerre et l’instauration d’une paix durable ».
Lundi, Israël a convoqué l'ambassadeur d'Italie après que le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani eut condamné les « attaques inacceptables » d'Israël contre des civils au Liban lors d'une visite à Beyrouth durant laquelle il s'est entretenu avec Joseph Aoun et le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi. Le chef de la diplomatie italienne a appelé au dialogue entre le Liban et Israël et à un « cessez-le-feu nécessaire et durable », ajoutant: « Il faut à tout prix éviter une nouvelle escalade comme celle de Gaza. »



Raggi : La distinction entre les ailes politique et militaire du Hezbollah n'est absolument pas réaliste