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L'Institut du monde arabe, un outil contre les « incompréhensions » selon sa nouvelle présidente


Anne-Claire Legendre, la nouvelle directrice de l'IMA. Photo Joel Saget / AFP

Navigant entre culture et diplomatie, l'Institut du monde arabe (IMA) aborde le cap de la quarantaine fragilisé financièrement mais avec l'ambition de lever « incompréhensions » et « fantasmes » sur une région du monde en pleine ébullition, affirme sa présidente, la Française Anne-Claire Legendre, dans un entretien à l'AFP. « J'ai le sentiment qu'il manque des clés de compréhension sur le monde arabe et qu'on est particulièrement bien placés ici pour pouvoir les apporter », déclare cette diplomate de carrière de 46 ans, qui a succédé en février à l'ex-ministre français de la Culture Jack Lang, poussé vers la sortie en raison de ses liens avec le pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Entre l'ouverture mardi d'une exposition sur la cité libanaise de Byblos, un prochain audit interne et les relations avec des pays arabes frappés par la guerre, les dossiers chauds s'accumulent sur le bureau parisien de l'ancienne conseillère du président Emmanuel Macron, avec vue imprenable sur la Seine. Le plus crucial tient sans doute aux questionnements sur l'identité même de cette institution inaugurée en 1987, portée par la France et 22 pays de la Ligue arabe et qui doit parfois justifier sa raison d'être. « Nous sommes là pour créer une meilleure compréhension entre la France et le monde arabe en étant un outil à la fois utile aux États mais aussi à la cohésion nationale en révélant cette part d'arabité qui fait partie de nous », développe Mme Legendre, arabophone et ancienne porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.


Rayonnement

Selon elle, du fait de l'histoire coloniale française, « cette part d'arabité a infusé dans la totalité de notre réalité, politique, culturelle, y compris nos goûts, qu'ils soient visuels ou gastronomiques, et il faut pouvoir en parler de façon apaisée ». Rien d'évident à l'heure des crispations identitaires et de la montée de courants politiques hostiles à l'immigration qui pourraient voir d'un mauvais œil les 12,4 millions d'euros d'argent public alloués chaque année à l'IMA (la moitié de son budget) par le ministère des Affaires étrangères, son autorité de tutelle.

A un an de la présidentielle, Mme Legendre, en diplomate chevronnée, ne veut pas se lancer dans la « politique fiction » mais prend note pour l'avenir. « Je constate que l'État a toujours été au rendez-vous avec cette institution depuis 40 ans », souligne-t-elle. « C'est un instrument de son rayonnement, de sa puissance, donc il me semblerait de l'intérêt de la France de continuer à la soutenir ».

A un an du quarantième anniversaire de l'IMA, Anne-Claire Legendre doit toutefois s'atteler au chantier du financement, rendu nécessaire depuis que les pays arabes ont renoncé en 2014 à fournir systématiquement 40% du budget. « Quel est le modèle économique pour l'avenir ? Comment cela inclut-il la participation arabe ? Est-ce que c'est du financement de fonctionnement ? Du financement par projet ? C'est ce que nous sommes en train d'explorer », énumère-t-elle.


« Construire des imaginaires »

Selon Mme Legendre, première femme à diriger l'IMA, l'Institut doit également davantage se tourner vers le public, lui qui a accueilli quelque 750.000 visiteurs par an, notamment en dispensant davantage de cours d'arabe. « Cet enseignement aujourd'hui est très demandé par nos concitoyens mais il y a un manque de capacité au sein de l'Éducation nationale et l'enseignement dans des enceintes cultuelles a, par ailleurs, pu être vu comme potentiellement problématique par nos autorités. Nous, nous offrons un cadre républicain », estime la présidente.

Avec ces actions et d'autres, l'enjeu pour l'IMA est de maintenir des passerelles avec une jeunesse arabe qui, selon elle, ne regarde plus autant qu'avant vers l'Europe. « Il faut construire des narratifs, des imaginaires communs parce que si on n'arrive plus à créer de liens avec cette partie du monde, elle va se tourner vers d'autres géographies », estime la dirigeante, qui confère à la culture a un rôle primordial dans la résolution des crises au Moyen-Orient. Selon elle, « la culture sert à dénouer des mémoires qui se sont construites en opposition, des narratifs qui paraissent irréconciliables ».

Navigant entre culture et diplomatie, l'Institut du monde arabe (IMA) aborde le cap de la quarantaine fragilisé financièrement mais avec l'ambition de lever « incompréhensions » et « fantasmes » sur une région du monde en pleine ébullition, affirme sa présidente, la Française Anne-Claire Legendre, dans un entretien à l'AFP. « J'ai le sentiment qu'il manque des clés de compréhension sur le monde arabe et qu'on est particulièrement bien placés ici pour pouvoir les apporter », déclare cette diplomate de carrière de 46 ans, qui a succédé en février à l'ex-ministre français de la Culture Jack Lang, poussé vers la sortie en raison de ses liens avec le pédocriminel américain Jeffrey Epstein.Entre l'ouverture mardi d'une exposition sur la cité libanaise de Byblos, un prochain audit...