Le Premier ministre Nawaf Salam prononçant un discours le 19 mars 2026, depuis le grand sérail Photo X/grandserail
À l’occasion de la fête du Fitr, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a appelé jeudi à l’unité nationale et à la protection de l’État, alors que le Hezbollah a déclenché une nouvelle guerre contre Israël et qu’une partie de la population est massivement déplacée. « Le Liban n’appartient à personne, mais est la patrie de tous ses enfants », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de restaurer l’autorité de l’État et de protéger les citoyens.
Dans un discours prononcé depuis le Grand sérail, M. Salam a affirmé que « le Liban subit encore une guerre sévère qui a poussé des centaines de milliers de nos concitoyens à fuir, et détruit maisons et terres agricoles ». Il a souligné que « cette guerre n’est pas celle des Libanais, ni leur choix, et encore moins celle des habitants du Sud, qui paient une fois de plus le plus lourd tribut avec leurs enfants, leurs moyens de subsistance, leur sécurité et leur stabilité ».
Le chef du gouvernement a, dans ce cadre, dénoncé « des aventures non calculées et des engagements régionaux (qui) ont entraîné (le Liban) dans des conflits qui ne servent pas son intérêt national, ni de près ni de loin, et des agressions israéliennes continues violent sa souveraineté et aggravent les souffrances de son peuple sans qu'aucun frein ne les retienne ». Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Israël mène depuis des bombardements massifs sur de vastes parties du Liban, y compris la capitale Beyrouth, et des incursions au sol dans le sud du pays avec des soldats et des blindés. Les frappes israéliennes ont fait plus de mille morts, selon les autorités, et jeté sur les routes plus d'un million de personnes, soit plus du sixième de la population du Liban.
« Notre devoir premier est de protéger le Liban et tous les Libanais et de rester attachés à l’intérêt national supérieur », a ajouté le Premier ministre, rappelant que « l’État libanais reste présent et actif partout dans le pays, assurant des centres d’hébergement pour les déplacés, fournissant carburant, eau, repas et soins de santé 24h/24 ». Il a également indiqué que l’État mobilise la communauté internationale pour mettre fin à la guerre et soutenir l’aide humanitaire. « Toutes ses institutions et ministères sont en état d’alerte complet pour accompagner cette étape délicate », a-t-il précisé.
« Il n’est plus permis désormais d’inverser les faits ou de rejeter la responsabilité sur l’État, alors que ce dernier n’était pas celui qui a pris la décision du premier soutien, puis du second soutien », en référence aux opérations lancées par le Hezbollah, d'abord « en soutien à Gaza » le 8 octobre 2023 puis après l'élimination de Khamenei, a affirmé M. Salam. « Le résultat fut davantage de ruine, de destruction, de déplacements et de vulnérabilité, tandis que l’État et tous les Libanais ont été laissés à porter les conséquences », a-t-il dénoncé.
M. Salam a également mis en garde contre « la montée des discours de haine qui doit être combattue par tous les moyens ». « C’est un comportement destructeur qui frappe la confiance entre les Libanais et menace leur unité dans un moment décisif », a-t-il ajouté. « Il n’est pas permis qu’on emmène le pays vers la guerre, puis qu’on empêche les Libanais de s’interroger sur l’utilité de les y avoir conduits. Il n’est pas permis de se substituer à l’État dans la prise de décision de guerre et de paix, puis de lui demander de porter seul les conséquences de ce qu’il n’a pas décidé. Il n’est pas permis d’imposer aux Libanais le déplacement, la destruction, la peur et la vulnérabilité, puis de leur dire que s’interroger sur les responsabilités est une trahison ».
Il a aussi mis en garde contre « le discours de la trahison, parce qu’il ouvre un front intérieur dont Israël profite en premier et en dernier lieu ». « Rien ne sert Israël davantage qu’un pays divisé, un État violé et des institutions paralysées », a-t-il poursuivi.
M. Salam a insisté sur le fait que « protéger le Liban exige de restaurer le pouvoir de décision sur la guerre et la paix et aussi de se libérer de la logique de terrain ouvert aux guerres des autres », et que « lier le Liban à des calculs régionaux plus grands que lui ne le protège pas, mais double son coût et donne à Israël le prétexte d’étendre son agression ».
Pour lui, la priorité nationale reste claire : « arrêter la guerre, arrêter la destruction, arrêter les déplacements, protéger les civils, assurer le retour et lancer la reconstruction ». Il a ajouté que « restaurer l’État n’est dirigé contre personne, ni ne vise personne, mais protège tout le monde » et que « il n’y a pas d’avenir pour le Liban s’il reste un demi-État. Restaurer l’État signifie remettre la décision à sa place naturelle, sous un seul toit, une seule référence, une seule loi et une seule armée ».
« Le Liban n’appartient à personne, mais est la patrie de tous ses enfants », a conclu Nawaf Salam. « Il repose sur l’égalité entre tous les Libanais dans les droits et les devoirs, non sur la logique du privilège ou de la domination. Personne n’est au-dessus de l’État, personne n’en est en dehors, et personne ne possède le droit de monopoliser le patriotisme ou de résumer le Liban à lui-même ou à son discours ».

