Le patriarche maronite Béchara Raï, lors d'une messe à Bkerké, le 15 mars 2026. Photo ANI
Le patriarche maronite Béchara Raï a appelé dans son homélie dominicale à Bkerké à soutenir le président de la République Joseph Aoun et le commandant en chef de l'armée, le général Rodolphe Haykal, alors que ce dernier est sous le feu des critiques, dans un contexte d'escalade entre le Hezbollah et Israël depuis le 2 mars.
« Dans ces circonstances difficiles, nous devons tous protéger l'État, son président, son armée et son commandant. C'est le moment de défendre, non de nourrir des préjugés. C’est le temps de la confiance, non de la persécution. En temps de guerre féroce, on ne change pas de dirigeants », a déclaré le chef de l'Église maronite, qui célébrait la messe en présence de délégations issues des villages chrétiens frontaliers de Rmeich, Debel et Kaouzah, au Liban-Sud.
Ses propos interviennent à l’heure où le commandant en chef répugne à l'usage la force contre le Hezbollah, malgré que le Conseil des ministres ait demandé à l’armée la semaine dernière de mettre en œuvre le plan sur le monopole des armes « par tous les moyens possibles » et dans « les plus brefs délais ». Une prudence qui a valu au général Haykal de nombreuses critiques, notamment de la part des États-Unis qui auraient poussé vers son limogeage.
Le président Aoun, lui, tente de mettre en place des négociations directes avec Israël sous parrainage international pour mettre fin à la guerre avec le Hezbollah.
« L’Église est avec vous »
« Le Liban est plongé dans une guerre féroce entre le Hezbollah et Israël, une guerre qui nous est imposée », a déclaré le patriarche. Il a ainsi déploré le fait que « des familles ont été brutalement déplacées. Des familles libanaises, chrétiennes et musulmanes, ont fui leurs villages, sans savoir quand elles pourraient revenir, où elles trouveraient refuge, ni quel avenir attendrait leurs enfants ». « À ces personnes, nous disons : vous n'êtes pas seules. L'Église est avec vous, la nation est avec vous. Aujourd'hui, nous nous souvenons de nos compatriotes du Sud qui sont restés sur leurs terres, refusant de quitter. Ils rejettent cette guerre et veulent vivre sur leurs terre dans la dignité et dans la paix, et nous les soutenons. Nous n'oublions pas non plus ceux qui ont été contraints de quitter leurs foyers, leurs terres et leurs villes à cause de cette guerre insensée et dévastatrice, rejetée tant par les autorités que par le peuple », a poursuivi le prélat.
Mgr Raï a par ailleurs rendu hommage au père Pierre Raï, curé de la paroisse de Qlayaa (Marjeyoun), tué le 9 mars dans un bombardement israélien alors qu’il se rendait pour porter secours aux blessés après une première frappe israélienne. Il s'est dit aussi « profondément attristé par le martyre des trois jeunes de Aïn Ebel (Bint Jbeil) : Georges Khoreiche, Élie Atallah et Chadi al-Ammar ». Ces trois habitants de la bourgade chrétienne de Aïn Ebel ont été tués dans une attaque de drone le 12 mars contre leur village.
Mgr Audi et « un monde qui sacralise la force »
Le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Elias Audi, a également abordé la guerre au Liban et les souffrances des Libanais, dans son homélie dominicale à la cathédrale St Georges de Beyrouth. « Les Libanais ont porté la croix pendant longtemps. Beaucoup de gens portent de lourds fardeaux aujourd’hui ; ceux de la pauvreté, de l’inquiétude face à l’avenir, de la guerre, de la destruction, des déplacements, de la perte des êtres chers et de la peur pour le pays », a-t-il dit.
Le dignitaire religieux a par ailleurs dénoncé « un monde gouverné par la méchanceté et le péché, un monde qui sacralise la force, refuse la justice et fait passer ses intérêts au détriment des autres ».


