Clémence Cottard présentant les ambitions du BeMA lors de la soirée à l’ambassade du Liban à Paris. Photo fournie par le BeMA
« Cette maison n’est pas la mienne, mais celle de tous les Libanais. Nous devons l’ouvrir à tous. »
C’est en reprenant une phrase de son époux, Rabih Chaër, ambassadeur du Liban, que Stéphanie Chaër a entamé son discours d’accueil chaleureux à la soirée du jeudi 12 février, qui se tenait rue Copernic, tout en insistant sur son souhait de mettre en valeur les talents de la diaspora.
À l’honneur, devant une foule nombreuse et attentive, dont différentes personnalités politiques et culturelles, un arrêt sur image autour d’un projet muséal d’envergure : le BeMA (Beirut Museum of Arts), dont la directrice artistique, Clémence Cottard Hachem, a présenté avec panache les avancées, les réalisations et les perspectives. Devant une assemblée attentive et d’emblée impliquée dans un élan créatif qui propose « un miroir du Liban », la jeune directrice a rappelé que la démarche, menée par son équipe et largement soutenue par un réseau important, se fonde sur l’idée d’œuvrer pour « une culture de la culture au Liban », dans un contexte de crises répétées, autour d’un héritage commun à préserver.
Clémence Cottard a rappelé les questionnements propres à la création d’un musée, avant d’en souligner les axes majeurs, dont le souci de proposer un ancrage culturel et artistique, tout en offrant une plateforme qui serait un outil de cohésion sociale en créant une dynamique culturelle et en favorisant les échanges interdisciplinaires. « Préserver, créer, engager » : le BeMA s’engage à restaurer une collection riche mais fragilisée par le temps et la négligence, tout en encourageant la création contemporaine et en impliquant toutes les communautés du pays.
« 455 grammes », tel était le poids de la couche de poussière qui recouvrait la collection artistique prochainement mise à la disposition du public au BeMA. « Ces œuvres appartiennent à un patrimoine oublié, puis redécouvert. C’est en 1929 qu’elle a été amorcée par Philippe de Tarazi, avec un fonds de portraits. Entre 1940 et 1957, elle a été prise en charge et élargie par le bureau des beaux-arts, qui appartenait au ministère de l’Éducation », rappelle Clémence Cottard.
À partir de 1975, on perd la trace de cette collection avec la guerre civile : on ne sait pas si elle a été volée ou perdue. Lorsqu’en 1993 est créé un ministère de la Culture, elle réapparaît. « En 1995 sont réalisés un premier inventaire et un début de restauration dans le cadre d’une mission de l’Unesco. C’est en 2016 que le ministère de la Culture décide de restaurer cette collection et de la confier au BeMA », poursuit la directrice artistique. Les années qui suivent sont essentielles, entre la fondation d’un laboratoire de conservation et la mise en place d’une collaboration avec l’USJ. « Ce sont 455 grammes de poussière qui recouvraient la collection, composée d’environ 3 000 œuvres et 400 artistes. En fin d’année, nous lançons notre plateforme en ligne et la collection est prête à être partagée. Sa spécificité en fait un cas d’école, tant sur le plan de sa restauration que de sa conservation et de sa narration. La fragilité de cette collection est ce qui fait et défait le Liban ! » ajoute-t-elle. Présenté comme le premier hub régional dédié à la conservation de l’art moderne et contemporain, le BeMA mise sur la restauration, la formation et les partenariats académiques, notamment avec l’Université américaine de Beyrouth (AUB) et l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA). Huit restaurateurs ont déjà été formés. Le projet veut aussi rendre la culture plus accessible dans un pays où la fréquentation des lieux culturels reste faible. Implanté sur l’ancienne ligne verte, à proximité de grandes institutions, le futur bâtiment intégrera un laboratoire visible du public et entre dans une phase de préfiguration de quatre ans.
Après une présentation muséale prometteuse et ambitieuse, organisée à l'initiative de Liliane Chammas, la soirée s’est poursuivie en musique, sous la houlette de Zeina Saleh Kayali, qui a présenté le récital interprété par le pianiste Georges Daccache et la cantatrice Marie-José Matar. Au programme, un répertoire français et libanais, avec Debussy, Fauré, Massenet, mais aussi Georges Baz, Rita Ghosn et Iyad Kanaan, dans la ligne du festival des Musicales du Liban, fondé en 2019 par Zeina Saleh Kayali et Georges Daccache, qui a prévu pour le 21 mars et le 16 mai deux concerts intitulés « Ô féminin ».


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