Sa disparition suscite une tristesse intense. Je pleure son absence comme on pleure une amie chère. Sa mort laisse un vide tissé d’échos silencieux et de souvenirs partagés. Être son amie m’a appris combien la présence d’une écrivaine peut toucher profondément par ses mots. Son génie la rend irremplaçable.
Sa plume trempée dans la nostalgie est traversée par l’exil et la voix des femmes. Ses mots crient et s’arrachent sur la feuille : aucune tentative d’effacer la blessure intérieure. Elle écrit sa poésie en mélangeant plusieurs langues où la langue maternelle continue à « infuser son miel, aussi son amertume ». Elle révèle ainsi sa spécificité culturelle liant l’insolite à l’habituel. Quand je l’ai appelée à Noël, elle se plaignait du tremblement de ses mains, mais continuait à écrire, elle préparait un nouveau recueil. Attention ! Vénus nous a prévenus : « Morte, je continuerai à écrire. »
Elle ne cesse de lutter contre son grand ennemi, l’ennui. Elle achète une concession à Montparnasse à deux places pour trouver compagnie, dans ce grand voyage vers l’inconnu, qu’elle raconte avec plein d’autodérision dans son roman La Femme qui ne savait pas garder les hommes. Depuis son enfance à Bécharré, son paradis perdu, Vénus apprivoise la mort en se glissant à cache-cache, dans des cercueils façonnés pour la mort des autres que fabrique l’oncle Nicolas. La mort devient le thème de prédilection de celle qui s’est imposée comme une grande poète contemporaine.
Vénus ne croit pas à une vie ailleurs, mais elle veut le croire en s’adressant aux absents qui sont toujours là. Qui aurait cru que maintenant, elle compterait parmi eux ? Mais, elle a toujours estimé que la perméabilité des frontières existe entre le visible et l’invisible. J’espère ainsi qu’elle retournera dialoguer avec nous. Rien n’est impossible à l’autrice de La Revenante.