Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, s'exprimant le 3 février 2026. Photo al-Manar.
Le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem a accusé mardi « certains ministres d’entraîner le Liban dans la discorde », affirmant qu’« on ne peut plus rien demander au Liban » et qu’il fallait désormais faire pression sur « l’ennemi américain et israélien pour faire appliquer l’accord » de trêve conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah. Un message qui confirme la position du parti chiite, opposé au désarmement au nord du fleuve Litani, et qui intervient alors que le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, se trouve aux États-Unis pour faire le point sur les progrès du plan de désarmement des milices, dont la deuxième phase concerne le nord du Litani.
S’exprimant au cours d’une cérémonie organisée à l’occasion du 33ᵉ anniversaire de l’Institution islamique pour l’éducation et l’enseignement – Écoles al-Mahdi, Naïm Kassem a insisté : « Ce qui est demandé, c’est d’exercer une pression sur l’ennemi américain et israélien pour faire appliquer l’accord et mettre fin à l’agression. » Il a également adressé un message aux responsables libanais : « Expliquez-leur que vous ne pouvez pas exercer de pression sur vos concitoyens, car ils ont donné beaucoup et fait des sacrifices. »
Le chef du parti chiite a dénoncé « certains ministres au sein du gouvernement » affirmant qu’« ils entraînent le Liban dans la discorde, le plongent dans l’obscurité et agissent comme si le gouvernement était une simple carte entre les mains du parti pour lequel ils travaillent. » Chargée par le gouvernement de Nawaf Salam de rétablir le monopole de l’État sur les armes, l’armée libanaise a récemment annoncé avoir achevé le désarmement au sud du Litani. À son retour des États-Unis, le général Haykal devra présenter au Conseil des ministres sa vision pour l’exécution de la deuxième phase du plan, concernant le nord du Litani.
« Ils nous disent que nos capacités sont limitées et que l’Israélien peut nous tuer. Nous répondons : entre la soumission et l’humiliation, il est hors de question pour nous d’accepter l’humiliation. Et entre l’humiliation et le martyre, nous choisissons le martyre », a encore tonné le numéro un du parti chiite.
Ces déclarations interviennent alors qu’Israël a effectué lundi une série de frappes aériennes au nord du Litani, touchant notamment Kfar Tebnit et Aïn Qana, où se poursuivra la deuxième phase du plan de désarmement. Les avions de chasse israéliens ont touché des bâtiments qualifiés d’infrastructures du Hezbollah. Naïm Kassem a estimé que ces frappes visaient « l’environnement social » des habitants du Liban-Sud, avec pour objectif de « pousser les gens à se soumettre et à renoncer à la résistance ». Le secrétaire général a rappelé la position de son parti, qui consiste à être partie prenante d’une stratégie de défense nationale : « Nous sommes prêts à discuter de la manière de repousser l’agression avec tous ceux qui partagent cette orientation, quel que soit leur fonction, parce que c’est une question nationale et que l’agression touche tout le pays. »
Naïm Kassem, avait affirmé la semaine dernière que son parti ne serait « pas neutre » en cas de conflit entre l'Iran et les États-Unis, suscitant la colère de ses détracteurs au Liban. Le Hezbollah avait ouvert un « front de soutien » à Gaza au lendemain des attaques du 7 octobre, qui s’était transformé en conflit total avec Israël à l’automne 2024, faisant plus de 4 000 morts selon les autorités libanaises. Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 27 novembre 2024, mais les frappes israéliennes se poursuivent, faisant plus de 350 morts au Liban depuis cette date, selon le ministère de la Santé et l’ONU.
Pour sa part, le chef de l’État Joseph Aoun a affirmé depuis Baabda qu'il « travaille avec l’ensemble des parties concernées afin d’éviter que le pays ne soit entraîné dans une nouvelle guerre, car le peuple libanais n’est plus en mesure de supporter d’autres conflits, et parce que les circonstances internationales ont créé de nouvelles réalités qui exigent une approche réaliste et rationnelle pour protéger le Liban et ses citoyens ». Une allusion implicite à la crainte liée à une éventuelle intervention du Hezbollah aux côtés de la République islamique d'Iran, en cas de frappes américaines contre Téhéran. « J’espère que les efforts déployés pour épargner au Liban tout danger rencontreront compréhension et engagement positif », a ajouté le chef de l'État. L'approche « rationnelle » évoquée par M. Aoun fait écho à ses propos, largement critiqués par le Hezbollah, où il avait appelé début janvier le parti pro-iranien à la « raison », en raison de son refus de désarmer au nord du fleuve du Litani, malgré la décision gouvernementale prise en ce sens en août 2025.
De leur côté, le Premier ministre Nawaf Salam et le vice-président du Conseil Tarek Mitri ont tenu des propos similaires mardi. Depuis Dubaï, M. Salam a affirmé qu’il qu'il « ne permettrait » pas que « le Liban soit entraîné dans une nouvelle aventure ». « Nous avons œuvré à récupérer la décision de paix et de guerre, et la preuve en est que pour la première fois depuis 1969 (année de la signature de l'accord du Caire, légalisant l’action armée palestinienne au Liban, Ndlr), l’État, à travers l’armée, impose un contrôle opérationnel total sur le sud du pays », a-t-il ajouté.
Quant à M. Mitri, qui était interviewé mardi par la chaîne saoudienne al-Hadath, il a exprimé l'espoir que « le Hezbollah fera preuve de raison, cette fois encore, en cas de déclenchement d’une guerre contre Téhéran. » Il a ajouté qu'il rejetait « toute implication dans une guerre régionale ou la transformation de notre pays en théâtre de la guerre des autres. » Il a rappelé aussi que le « Hezbollah refuse de remettre ses armes au nord du Litani. »
L'aide internationale au Liban, rappelle-t-on, est conditionnée au désarmement du Hezbollah et à la mise en place de réformes structurelles, après la crise économique et financière de 2019. L'aide pour la reconstruction des zones détruites par la guerre à l'automne 2024 entre le Hezbollah et Israël n'a pas encore été accordée, le parti chiite refusant de remettre son arsenal sur l'ensemble du territoire libanais.

