Des avions de chasse américains à bord du porte-avions à propulsion nucléaire USS Abraham Lincoln. Photo d'archives AFP
Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salmane, plus proche confident et frère du prince hériter Mohammad ben Salmane (MBS), a estimé que le président américain Donald Trump « devrait passer à l’action militaire » contre Téhéran, sous peine de voir le « régime renforcé », lors d’une réunion privée à Washington vendredi, rapportent quatre sources présentes dans la salle au site d’informations Axios. Une position toutefois nuancée samedi à la chaîne américaine Fox News via une source du Golfe, selon laquelle la position saoudienne reste inchangée et limitée au refus de l'utilisation de son espace aérien ou des bases militaires sur son territoire pour mener une éventuelle attaque contre l'Iran.
Selon les sources d'Axios, le prince a déclaré qu’il pensait que Trump « devrait passer à l’action militaire » après avoir menacé de le faire pendant des semaines, « tout en cherchant à limiter les risques d’une escalade régionale ». « À ce stade, si ça ne se produit pas, cela ne fera que renforcer le régime », aurait déclaré le prince Khaled, ajoute le média. La réunion se tenait avec une quinzaine d’experts du Moyen-Orient issus de groupes de réflexion, ainsi qu’avec des représentants de cinq organisations juives. Deux sources ont par ailleurs indiqué avoir compris que « KBS » relayait le message qu’il avait transmis à la Maison-Blanche. La veille, le ministre saoudien avait tenu une « longue réunion » à la Maison-Blanche avec le secrétaire d’État, Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, l’émissaire présidentiel Steve Witkoff et le chef d’état-major interarmées, le général Dan Caine. Selon une source au fait des discussions, citée par Axios, l’accent principal a porté sur la possibilité d’une frappe américaine contre l’Iran.
Les propos du responsable saoudien sont un revirement de taille, l’Arabie saoudite ayant mis en garde Washington il y a trois semaines contre une escalade régionale en cas de frappes contre Téhéran, ce qui aurait pu contribuer à repousser une action militaire américaine. Officiellement, les pays du Golfe multiplient les efforts pour forcer Washington et Téhéran à choisir la voie diplomatique et éviter toute déflagration régionale, qui pourrait nuire à leurs intérêts, notamment économiques. Téhéran a en effet menacé, en cas d'attaque, de bloquer le détroit d’Ormuz, passage clé pour le transport mondial de pétrole et gaz naturel liquéfié.
« L’Iran veut toujours conclure un accord. Mais le problème, c’est quel type d’accord on veut conclure. Quel type d’accord l’Iran souhaite et quel type d’accord les États-Unis accepteraient ? C’est une très bonne question, et nous ne voyons pas cela se concrétiser à ce stade », a en outre indiqué un responsable du Golfe à Axios. Par ailleurs, lors d’un autre entretien vendredi, un autre responsable du Golfe a affirmé que la région était « coincée » dans une situation où une frappe américaine contre l’Iran comporterait « de mauvaises conséquences », mais où l’absence de frappe signifierait que « l’Iran sortirait de cette séquence renforcé ».
Un haut responsable du Golfe cité par Fox news a en outre indiqué que l'Arabie saoudite avait informé les États-Unis de sa position claire : « L'espace aérien ou les bases saoudiennes ne seront pas autorisés à être utilisés pour mener une éventuelle attaque contre l'Iran. » Le responsable a également souligné que le plan américain, s’il existe, ne passe pas par l’espace aérien saoudien et que la position de Riyad est ferme et cohérente avec son approche précédente, à savoir « le refus d’utiliser son espace aérien dans toute guerre à laquelle le Royaume n’est pas partie, y compris en ciblant l’Iran, les houthis ou Israël. »
Des ONG parlent de dizaines de milliers de morts potentiels lors des manifestations qui ont gagné la République islamique d’Iran fin 2025, et pris un tournant dramatique le 8 janvier, avec la coupure d’internet et la répression sanglante du régime. Mais le travail de recensement des victimes est entravé par les restrictions de communication, bien qu'internet ait été partiellement rétabli après trois semaines de coupure.



« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin