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Dernières Infos - Téhéran

« En prison en Iran, tout est fait pour déshumaniser », se souvient un Français, ex-détenu


Des passants marchent devant un panneau antiaméricain à Téhéran, en Iran, le 26 janvier 2026. Photo Majid ASGARIPOUR/WANA via Reuters

La répression actuellement menée en Iran rappelle de douloureux souvenirs à Louis Arnaud, un Français ayant vécu « à l'état d'animal » dans une prison de Téhéran où « tout est fait pour déshumaniser et humilier ».

Louis Arnaud raconte ses 623 jours de détention dans « La révolution intérieure » (Editions des Equateurs). Dans ce livre pour l'instant disponible en langue française, il explique comment il a « trouvé la liberté » dans « l'enfer » de la redoutable prison d'Evine, à Téhéran. Alors qu'il effectuait un tour du monde, l'ancien consultant est arrêté le 28 septembre 2022, quelques jours après le début du mouvement « Femme, vie, liberté » initié par la mort de Mahsa Amini. Il se retrouve enfermé à Evine dans « un corridor d'une cinquantaine de mètres de long sur trois de large. Un tunnel sans aucune fenêtre. Aucun lit, aucune chaise, aucun meuble... mais des hommes. Ils sont une centaine allongés à même le sol », se souvient-il.

Le jeune Français y restera trois mois avant d'être transféré dans la section 209, « la plus dure » d'Evine car étant « le quartier de haute sécurité des services de renseignement », explique-t-il dans un entretien à l'AFP à Paris. Un an et demi après sa libération, en juin 2024, Louis Arnaud imagine sans peine le sort identique subi par les milliers de personnes arrêtées depuis le début de l'actuel mouvement de contestation. « Ils sont entassés dans des cellules sous des éclairages aveuglants qui ne s'éteignent jamais, et où tout est fait pour humilier, pour déshumaniser, pour forcer à devenir des âmes serviles », témoigne-t-il.

« Combattant »

« Et s'ajoutent des tortures physiques, comme les viols ou les simulations de pendaison, et morales, qui sont destinées à entretenir une instabilité émotionnelle permanente », ajoute-t-il. Etant étranger, Louis Arnaud a été un peu épargné mais il a vu certains de ses co-détenus partir pour être pendus. Comme l'un de ses amis, un jeune cuisinier de 22 ans, « exécuté pour avoir manifesté ».

« Après ce moment extrêmement dur à vivre, j'ai dû choisir entre l'acceptation de mon sort et la colère, qui étaient les deux seules forces pouvant me permettre de survivre », se rappelle-t-il. « J'ai refusé la colère parce qu'elle ne génère qu'une moisson de souffrance, dont elle se nourrit elle-même ». Le Français entreprend alors « une révolution intérieure » en prenant « le contrôle de son esprit » car « la seule limite à ce monde est celle de (son) imaginaire ». Il a la chance d'être transféré dans une autre aile de l'immense complexe d'Evine, au régime bien moins strict, où il se retrouve au milieu de membres de l'élite intellectuelle de Téhéran, des médecins, journalistes ou poètes. « Je deviens l'un d'entre eux, un combattant pour la liberté de l'Iran », se rappelle celui que la France a considéré comme « un otage d'Etat » retenu par Téhéran pour des raisons géopolitiques. Il vit sa libération rocambolesque comme un déchirement, comme « un traitre qui abandonne lâchement son peuple à son sort ».

La publication de son livre représente, pour Louis Arnaud, une étape de sa reconstruction mais aussi de son combat pour « la liberté de l'Iran ». L'ancien consultant propose ses services de « préparateur mental » afin de partager l'expérience de sa « métamorphose » de « victime » à « survivant » et d' »otage » à « combattant ». Parallèlement, Louis Arnaud tente de maintenir un lien fort avec les Iraniens qu'il a connus à Evine. « Leur désespoir est immense face à la répression. Mais ils pensent que le régime s'effondrera car il est très affaibli. Si ce n'est pas cette fois-ci, ce sera la prochaine... », avance-t-il.

La répression actuellement menée en Iran rappelle de douloureux souvenirs à Louis Arnaud, un Français ayant vécu « à l'état d'animal » dans une prison de Téhéran où « tout est fait pour déshumaniser et humilier ».Louis Arnaud raconte ses 623 jours de détention dans « La révolution intérieure » (Editions des Equateurs). Dans ce livre pour l'instant disponible en langue française, il explique comment il a « trouvé la liberté » dans « l'enfer » de la redoutable prison d'Evine, à Téhéran. Alors qu'il effectuait un tour du monde, l'ancien consultant est arrêté le 28 septembre 2022, quelques jours après le début du mouvement « Femme, vie, liberté » initié par la mort de Mahsa Amini. Il se retrouve enfermé à Evine dans « un corridor d'une cinquantaine de mètres de long...