Un drapeau éthiopien devant le Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD) à Guba, en Éthiopie. Photo d'archives Amanuel SILESHI/AFP
Plus de 50.000 munitions envoyées par l'Erythrée et destinées à armer des rebelles éthiopiens qui combattent les autorités d'Addis Abeba ont été saisies, a affirmé mercredi soir la police éthiopienne, dans un climat de plus en plus tendu entre ces deux voisins de la Corne de l'Afrique.
En octobre, l'Ethiopie avait accusé son voisin de financer des groupes armés qui combattent son armée, notamment dans la région de l'Amhara, et de tentative de déstabilisation. « Une mascarade mensongère », avait répondu Asmara. Addis Abeba avait également accusé le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF) - parti qui a dirigé le pouvoir fédéral avant d'être marginalisé et qui reste très influent dans sa région septentrionale du Tigré - de chercher avec Asmara à « déstabiliser et fragmenter l'Ethiopie »
La police éthiopienne a annoncé dans un communiqué publié sur Facebook avoir saisi en Amhara « plus de 56.000 balles » destinées à « équiper les Fano », milices de l'ethnie amhara qui ont pris les armes en 2023 contre les autorités fédérales qui souhaitaient les démanteler. Ces munitions, transportées, dans un camion ont été envoyées par l'Erythrée et ont transité jusqu'en Amhara par le Tigré, avec l'aide du TPLF, a affirmé la police éthiopienne.
Le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, a dénoncé à l'AFP des « allégations infondées ». Les autorités fédérales « cherchent un prétexte pour remettre en cause l'accord de Pretoria » qui a mis fin en 2022 à la guerre meurtrière ayant opposé durant deux ans l'armée fédérale éthiopienne aux troupes du TPLF, a-t-il estimé. Interrogé sur ces accusations, le ministre érythréen de l'Information Yemane Gebremeskel n'a pour l'heure pas donné suite.
L'Erythrée, l'un des pays les plus fermés de la planète, est dirigée par Issaias Afwerki depuis que cette ancienne province éthiopienne est devenue indépendante en 1993. Les deux voisins entretiennent historiquement des relations tendues. Une guerre, déclenchée par un différend territorial, les a opposés entre 1998 et 2000, faisant des dizaines de milliers de morts. Après avoir normalisé leurs relations à l'arrivée au pouvoir du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed en 2018 - un rapprochement qui avait valu à ce dernier le prix Nobel de la paix - les deux pays sont depuis plusieurs mois à nouveau à couteaux tirés.
Dans une interview donnée à la télévision d'Etat lundi, Issaias Afwerki a déclaré que le parti au pouvoir en Ethiopie avait « déclaré la guerre » à l'Erythrée. Entre 2020 et 2022, M. Issaias a envoyé son armée au Tigré, frontalier de l'Erythrée, pour soutenir M. Abiy et les forces fédérale éthiopiennes, appuyées par les milices amhara, face aux forces du TPLF. Mais l'Erythrée a été exclue des négociations ayant mené à l'accord de Pretoria et les relations avec Addis Abeba se sont progressivement dégradées depuis.

