De la fumée s'élève suite à une frappe israélienne sur un immeuble à Sohmor, dans la Békaa-Ouest, le jeudi 15 janvier 2026. Photo transmise à notre correspondante dans la région, Sarah Abdallah
L'aviation de guerre israélienne a conduit consécutivement deux séries de frappes jeudi après-midi dans la Békaa-Ouest, à Sohmor puis Machghara, sur quatre secteurs qu'elle avait appelés à évacuer au préalable. Aucun blessé n'a été signalé. Il s'agit de la troisième fois ce mois-ci que l'armée israélienne appelle à évacuer une zone avant de la bombarder, à l'heure où l'État hébreu insiste pour un désarmement rapide du Hezbollah dans tout le Liban.
Un peu plus tard, une série de frappes israéliennes a visé les hauteurs de Hermel, et plus précisément la région de Ras el-Assi, rapporte notre correspondante dans la région, Sarah Abdallah. Contrairement aux frappes précédentes sur la Békaa, aucun avis d’évacuation n'a été émis.
L'aviation israélienne a d'abord bombardé et complètement détruit deux bâtiments à Sohmor séparés par plus d'un kilomètre de distance, plus d'une heure après avoir lancé des avis d'évacuation les concernant. L'un d'eux abritait plusieurs logements, précise notre correspondante dans la région Sarah Abdallah, tandis qu'une école publique située à proximité de l’autre bâtiment a subi d’importants dégâts.
Dans un message publié sur son compte X, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne Avichay Adraee a affirmé que ces bâtiments abritaient des « infrastructures militaires du Hezbollah ». Il a accompagné son message de deux cartes localisant en rouge les immeubles et appelé les habitants à s’en éloigner d’au moins 300 mètres. Peu avant les frappes, les habitants ont lancé un appel à l’armée libanaise pour qu’elle intervienne afin d’éviter le bombardement. En décembre, trois cas de fouilles de la troupe au Liban-Sud dans des lieux menacés par Israël avaient permis d’éviter des bombardements. Elles avaient eu lieu dans le cadre du comité de surveillance du cessez-le-feu, appelé « Mécanisme », dans lequel figurent notamment des représentants militaires et civils, israéliens et libanais.
L’armée israélienne a précisé que les frappes à Sohmor visaient le Hezbollah, qu’elle accuse de « violations répétées » de l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur en novembre 2024. Peu après, des avis d’évacuation ont été émis pour deux bâtiments à Machghara, également bombardés plus d’une heure après.
En soirée, l'armée israélienne a affirmé avoir des frappes contre des infrastructures du Hezbollah, dont « plusieurs dépôts d’armes (...) dans plusieurs zones du sud du Liban », dans un communiqué publié sur X, en hébreu. Elle a par ailleurs vanté de « nombreuses mesures prises afin de réduire le risque de dommages aux civils. »
La ministre de l’Éducation Rima Karamé a condamné « le bombardement israélien d’un bâtiment proche de l’école publique de Sohmor, qui accueille des centaines d’élèves, ainsi que d’un autre immeuble près d’une école à Machghara ». Elle a appelé « la communauté internationale et les pays influents à mettre fin à ces attaques qui ne ménagent ni les écoles ni les bâtiments résidentiels », en demandant « d’exercer une pression forte pour arrêter l’agression et la menace, et de protéger les bâtiments scolaires des opérations militaires ».
Incursions israéliennes dans le caza de Marjeyoun
Dans la même journée, un hélicoptère israélien a largué une bombe sonore sur le quartier d’el-Massareb, dans la localité de Adaïssé (caza de Marjeyoun), pendant que des soldats de l’armée et de la Finul inspectaient deux habitations. Selon notre correspondant dans le Sud Mountasser Abdallah, une unité israélienne s’y était infiltrée à l’aube pour les faire exploser.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, des soldats israéliens sont également entrés à Kfar Kila (Marjeyoun) pour dynamiter un immeuble endommagé pendant la dernière guerre avec le Hezbollah. Un hélicoptère israélien a en outre largué une grenade assourdissante à la périphérie du vieux quartier de Aïta el-Chaab (caza de Bint Jbeil).
Mercredi soir, un drone israélien a frappé une maison dans la zone de Hamoussié, à la périphérie de Blida et à quelques pas du village de Aïtaroun (Bint Jbeil). Cette attaque a détruit un relais internet installé sur le toit, entraînant une coupure des connexions dans le village.
Malgré la trêve normalement en vigueur depuis le 27 novembre 2024, l'armée israélienne continue de bombarder le Liban-Sud et la Békaa, affirmant cibler les mouvements et tentatives de reconstitution du potentiel militaire du Hezbollah. Ce dernier, qui a accepté de désarmer au sud du Litani, refuse de remettre son arsenal dans le reste du pays, comme cela est normalement prévu dans l'accord de trêve et la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU (2006). L'armée israélienne continue en outre d'occuper des positions en territoire libanais et mène régulièrement des incursions au nord de la Ligne bleue.


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