Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, lors d'une conférence de presse à Moscou, le 17 décembre 2025. Photo REUTERS/Ramil Sitdikov/Pool
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui est arrivé jeudi matin à Beyrouth, a affirmé depuis l'aéroport que sa visite de deux jours au Liban a pour but de renforcer les relations entre les deux pays, notamment au vu du volume important des échanges commerciaux, soulignant soutenir « la souveraineté du Liban. »
Une première déclaration qui entend répondre aux crispations qui entourent chaque visite du diplomatie iranien, principal soutien du Hezbollah, au Liban. Les relations se sont encore tendues entre Beyrouth et Téhéran avec le cessez-le-feu de novembre 2024 qui a mis un terme à 13 mois de guerre entre le parti chiite et Israël, alors que l'accord de trêve prévoit le désarmement de toutes les milices, ce qui avait été à plusieurs reprises critiqué par les autorités iraniennes.
« Défis majeurs sans précédent »
Juste après son arrivée à l'aéroport international de Beyrouth, M. Araghchi, a affirmé qu’il tiendra des réunions avec le président Joseph Aoun, le chef du Législatif, Nabih Berry, et le Premier ministre, Nawaf Salam, ainsi qu'avec son homologue Joe Raggi, notamment sur la question des menaces israéliennes visant les deux pays. Joe Raggi avait invité Abbas Araghchi après avoir initialement refusé de se rendre à Téhéran et proposé une rencontre en « terrain neutre ».
« Notre région fait face à des défis majeurs sans précédent. Sept pays ont été attaqués par Israël au cours des deux dernières années, parmi lesquels le Liban et l’Iran, et certaines parties du Liban demeurent toujours sous occupation », a lancé le ministre iranien à Beyrouth, accusant l'Etat hébreu de « violer les engagements prévus dans l'accord de cessez-le-feu ».
L'armée israélienne continue en effet de frapper de façon quasi quotidienne le Liban-Sud et d'occuper des positions en territoire libanais, disant s'opposer à des tentatives de reconstruction du Hezbollah et l'accusant de garder une présence armée au sud du Litani et dans le reste du pays.
Un moment « important » pour le Liban
Abbas Araghchi a ajouté que sa visite « intervient à un moment particulièrement important pour le Liban », qui doit lancer la seconde phase du plan de l'armée pour le désarmement, et qui reste sous pression de Tel-Aviv et Washington. Cette tournée à Beyrouth « vise à renforcer les relations entre nos deux pays », a-t-il ajouté, soulignant que « le volume des échanges commerciaux entre l’Iran et le Liban a atteint, au cours de l’année écoulée, 110 millions de dollars, ce qui témoigne de l’ampleur des potentialités et des opportunités ». « Nous sommes déterminés à renforcer les relations entre le Liban et l’Iran sur la base des intérêts communs et du respect mutuel et nous soutenons la souveraineté du Liban, l’intégrité de son territoire et son unité », a-t-il encore lancé.
« La République islamique d’Iran a toujours soutenu, et continue de soutenir, la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité nationale du Liban. Nous sommes convaincus que la position du gouvernement libanais est la même que la nôtre. Nous sommes déterminés à renforcer nos relations sur la base du respect mutuel et des intérêts communs », a-t-il ajouté.
Il avait été reçu à son arrivée à l'aéroport par Khalil Hamdan, membre du mouvement Amal et représentant le président du Parlement libanais Nabih Berry, les députés du Hezbollah Hassan Ezzeddine et Hussein Hajj Hassan, la directrice du protocole au sein du ministre des Affaires étrangères, Roula Noureddine et l'ambassadeur iranien au Liban, Mojtaba Amani.
Répondant à une question sur les menaces américaines et israéliennes récemment proférées contre l’Iran, il a affirmé que « les États-Unis et l’entité sioniste ont déjà tenté d’attaquer l’Iran et ont échoué », ajoutant que « la répétition d’une telle expérience conduirait au même résultat ». Il a enfin souligné que « l’Iran est prêt à tous les scénarios ; il ne cherche pas la guerre, mais y est prêt, et se dit ouvert à des négociations à condition qu’elles reposent sur le respect mutuel », insistant sur le fait que « des négociations ne peuvent être engagées tant qu’elles sont fondées sur des diktats ».
Le ministre iranien, accompagné de sa délégation, a également été reçu par le ministre de l’Économie, Amer Bsat, avec qui il « a discuté des moyens de renforcer les relations économiques et commerciales entre les deux pays, dans l’intérêt des deux peuples ». « Le gouvernement libanais est ouvert à la coopération économique et au développement de ses relations commerciales à l’international, sur la base du respect mutuel, de la souveraineté et de l’indépendance du Liban », a affirmé M. Bsat.
Mercredi, M. Araghchi avait indiqué à la presse que la question de la coopération économique serait un « élément clé » de sa visite. Il est accompagné, selon l’agence iranienne Mehr, d'une délégation politique et économique.
En soirée, le vice-président du Conseil supérieur chiite (CSC), cheikh Ali el-Khatib, a reçu le ministre iranien des Affaires étrangères au siège du Conseil à Haret Hreik, en présence de l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth. Le ministre a salué « la position de la communauté chiite au Liban, qui a fait preuve de dignité et de résilience face aux défis et aux menaces », exprimant l’espoir qu’elle surmonte « cette phase difficile dans un cadre d’unité nationale et chiite ».
M. Araghchi a également affirmé que Téhéran considère le Conseil supérieur chiite comme « la voix unificatrice et officielle des chiites ». Il a précisé que, si cette communauté revêt une importance particulière pour l’Iran son pays souhaite « traiter avec l’ensemble des composantes libanaises », notamment dans le contexte actuel, « alors qu’Israël cherche à écarter l’Iran du dossier libanais ».
Les relations entre le Liban et l’Iran ont connu une série de tensions ces derniers mois, alors que Beyrouth tente de prendre ses distances avec Téhéran, après des années d’influence de ce dernier sur le Liban par l’intermédiaire du Hezbollah. Les vols Beyrouth-Téhéran sont notamment suspendus depuis le début du nouveau mandat de Joseph Aoun, en février dernier, afin notamment de mettre un terme aux transferts de fonds en liquide au Hezbollah.




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