En ce début d’année, tous les yeux sont tournés vers la zone au sud du Litani, qui devrait connaître au cours de 2026 les plus importants développements sur la scène libanaise et donner un avant-goût de ce qui attend le reste du pays. D’une part, au cours de la prochaine réunion du Conseil des ministres prévue en principe la semaine prochaine, le commandant en chef de l’armée devrait annoncer la fin de l’exécution de la première phase du plan du monopole des armes par l’État dans la zone au sud du Litani et d’autre part, en décembre 2026, la mission de la Finul dans cette même zone devrait s’achever définitivement. Quel sera alors le sort de cette zone, cruciale à plus d’un titre et qui intéresse particulièrement les Israéliens ?
À quelques jours de l’annonce officielle de la fin de l’opération de contrôle de cette zone par l’armée, les habitants des localités frontalières ne sont pas très rassurés. D’abord, en dépit du travail effectué par l’armée, qui a considérablement augmenté ses effectifs dans cette zone (on parle actuellement de plus de 9 000 soldats et officiers qui y sont déployés, alors qu’ils n’étaient que près de 4 000 avant le 8 octobre 2023), les agressions israéliennes se poursuivent. L’armée libanaise a eu beau organiser des tournées guidées aux journalistes et aux diplomates pour leur montrer l’ampleur du travail accompli dans le démantèlement de l’infrastructure du Hezbollah, elle n’a pas réussi à convaincre les Israéliens du retrait du Hezbollah de cette zone. Même la Finul qui a publié plusieurs communiqués en ce sens n’a pas non plus réussi à le faire. Certains disent même que ces communiqués seraient une des causes de l’insistance des Israéliens et des Américains pour mettre fin à la mission de cette force onusienne au sud du Liban. Ils préfèreraient une force qui ne soit pas sous le contrôle du Conseil de sécurité, où ils pourraient se heurter au droit de veto de ses membres permanents.
L’armée fera donc son exposé de la situation au sud du Litani et elle assurera avoir pris le contrôle militaire de cette région devant les responsables et les ministres. Mais les habitants de la région se demandent si les Israéliens accepteront ce constat. Jusqu’à présent, rien n’indique qu’ils seraient prêts à le faire et ils continuent non seulement de bombarder ce qu’ils annoncent être des cibles du Hezbollah, dans cette zone, mais ils frappent aussi les tracteurs et les bulldozers et tout ce qui pourrait servir à la reconstruction des localités détruites. Il faut préciser aussi que la plupart des localités frontalières (plus de 30 villages) auraient été totalement détruites par les Israéliens, au point que les habitants sentent que ces derniers ne veulent plus qu’ils reviennent chez eux, indépendamment de la présence ou du retrait du Hezbollah. En tout cas, très rares sont ceux qui ont entrepris des travaux de reconstruction notables. La plupart d’entre eux sont ainsi convaincus que les 250 millions de dollars prévus pour la reconstruction, selon l’annonce faite la semaine dernière par le Premier ministre, ne leur seront pas destinés, le sort de cette zone restant imprécis.
Ces habitants sentent qu’ils sont les oubliés de toutes les négociations. À supposer que les Israéliens soient convaincus du retrait du Hezbollah de cette zone, cela signifiera-t-il qu’ils pourront rentrer chez eux et reconstruire leurs maisons ? Nombreux sont ceux qui ne croient pas à cette éventualité, car ils sont convaincus que les Israéliens veulent exécuter leur plan d’établir une zone sous leur contrôle à leur frontière nord. Pour les plus âgés d’entre eux, cela ressemblerait à la zone sous leur contrôle indirect via l’Armée du Liban-Sud entre 1982 et 2000. D’autres croient plutôt à un scénario qui ressemblerait à ce qu’a appelé le président américain « une zone économique », autrement dit désertée par ses habitants et consacrée à des investissements économiques, sous la supervision des Américains et avec la participation évidente des Israéliens. Par conséquent, même si l’armée annonce officiellement la fin de la première étape de son plan pour le monopole des armes, et même si le Hezbollah publie un communiqué dans ce sens, comme le lui demandent les responsables égyptiens, pour les habitants de la région, cela ne devrait pas changer grand-chose à leur situation. Le pouvoir actuel en Israël, disent-ils, croit avoir une chance unique de réaliser une domination durable dans la région et il ne veut pas la laisser passer.
Dans ce cas, à quoi servent toutes les négociations ardues menées pour réaliser la première phase du plan de l’armée et à quoi servent les interventions du comité de supervision dit « mécanisme » ? Les habitants des villages au sud du Litani restent divisés sur cette question. Pour certains d’entre eux, les dés sont jetés et le seul fait de mettre fin à la mission de la Finul à la fin décembre 2026 montre que la force onusienne constitue un témoin gênant dont il faut se débarrasser pour permettre à Israël d’exécuter son plan de zone démilitarisée et vidée de ses habitants. Mais pour d’autres, il s’agit d’un moyen d’aider les Israéliens à prendre le contrôle de cette région en poussant l’armée libanaise à y neutraliser la présence militaire du Hezbollah. Toutefois, l’armée affirme qu’elle ne le fait pas pour faciliter le contrôle des Israéliens sur la région mais au contraire pour l’éviter. Par conséquent, si les Israéliens cherchent à prendre le contrôle de cette zone, l’armée pourrait alors ne plus empêcher le Hezbollah d’y revenir. Surtout que les responsables de cette formation ne cessent d’affirmer que celle-ci est en train de se reconstituer.
Pour toutes ces raisons, les habitants des localités frontalières ne se sentent pas encore rassurés sur le sort de leurs villages, malgré tous les efforts déployés par l’armée. Ils espèrent l’arrivée d’une nouvelle force internationale essentiellement formée de soldats européens pour leur garantir la sécurité, mais ils ont le sentiment de vivre un épisode dans un feuilleton qui n’est pas encore achevé.


Narratif digne d'une diseuse d'aventures..
14 h 44, le 03 janvier 2026